Brasserie nationale recherche désespérément supporteurs !!!

vendredi 16 septembre 2016 par Arimi Choubadé

Concurrencée, bousculée sur son proche marché, sous pression, malgré son quasi monopole, la brasserie nationale est en agonie. Elle doit désormais affronter une invasion massive de produits en provenance du grand voisin nigérian. Bières, boissons gazeuses ou sucrées, eau minérale, tout y passe. Le territoire béninois est plus que conquis par les brasseries nigérianes visiblement dopées par la nouvelle conjoncture économique à l’origine de la dévaluation du naïra. Très timide et limitée aux régions frontalières, il y a encore quelques semaines, l’invasion a atteint, en un temps record, toutes les autres contrées du pays. Certains témoignages évoquent même des débordements sur le territoire togolais par les circuits de contrebande préexistants. Mais la plus mauvaise nouvelle pour la brasserie nationale béninoise, c’est la facilité avec laquelle s’opère l’adhésion de sa clientèle traditionnelle à ces nouveaux produits.

Révolue l’époque où rien ne pouvait altérer la popularité de la bière locale, "La Béninoise", aussi bien dans les bars que dans les grandes réceptions mondaines. Le petit peuple s’identifiait à ce produit, quelle que soit la conjoncture. La brasserie nationale ne se donnait d’ailleurs pas la peine d’investir dans de coûteuses campagnes de promotion de sa bière locale comme elle le faisait pour la plupart de ses autres produits. Tous les concurrents de "La Béninoise" pour la plupart étrangère ont disparu un à un sans qu’il ne soit nécessaire d’opposer une lutte quelconque. À peine si l’implantation d’une petite brasserie privée à quelques 20 km de Cotonou il y a quelques années a pu l’ébranler. Juste quelques velléités vite maîtrisées. Rien de bien grave pouvant perturber l’ordre ancien. Mais, les tendances se sont radicalement inversées ces derniers temps. L’impériale bière locale tremble dans tous ses fiefs. Ses anciens fans ont opéré la mue à 180° sans la moindre gêne.

Au contraire, à écouter les amateurs de bière sur le sujet, les impressions tournent pratiquement à la jubilation collective. Les gens ne cachent plus une sorte de satisfaction à voir la brasserie nationale genoux à terre. Les médias participent largement à ce procès en règle contre une société accusée de servir les intérêts de capitaux étrangers en ne laissant que la portion congrue au budget national. Même l’annonce de pertes d’emploi ou de dépôt de bilan n’émeut que très peu de citoyens. L’adhésion massive des ex-consommateurs de "La Béninoise" aux nouveaux produits frisent parfois la défiance voire le boycott actif. Ce n’est donc plus le seul besoin de consommer bon marché mais une envie morbide de régler de vieux comptes. Au-delà des consommateurs, grossistes et semi-grossistes savourent eux aussi le déclin d’un partenaire hégémonique qui s’arrogerait tous les droits en méprisant tout le monde. Les différents acteurs de la contrebande peuvent se procureur aisément les produits du Nigeria sans subir des clauses trop contraignantes liées aux conditions d’approvisionnement, de gestion des emballages ou de règlement des factures.

Pas davantage de perspective pour la brasserie nationale sur le plan institutionnel. Le gouvernement béninois ne parvient pas à réagir promptement pour sauver la bière locale. En effet, la bière nigériane ne peut être traitée de produit d’exportation puisque fabriquée dans l’espace communautaire Cedeao qui garantit la libre circulation des biens et des personnes. Vient se greffer à cette difficulté les limites d’une éventuelle répression douanière du fait de la porosité des frontières et de la diversité des produits de contrebande. Tout cela dans un contexte de complicité agissante du citoyen lambda. Les arguments liés aux risques de perte d’emploi prospèrent très peu puisque que le trafic permet à beaucoup de jeunes désœuvrés d’alimenter le marché et de tirer de substantiels revenus. La corruption dans l’administration publique ne rend pas très populaire non plus les arguments de baisse de recette pour le trésor public du fait de ce trafic. Autre gros handicap : l’incapacité pour le Bénin d’apporter la moindre réplique structurelle à la question du CFA...

Personne donc pour pleurer sur le sort de "La Béninoise"...

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1562-brasserie-nationale-recherche.html

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