Étudiants sans campus ???

vendredi 14 octobre 2016 par Arimi Choubadé

C’est finalement à la bourse du travail et non sur un campus que les étudiants ont pu s’exprimer en réponse aux justifications du gouvernement. Peut-être un début d’exécution des directives du gouvernement en la matière. Pas d’activité d’associations d’étudiants sur les campus jusqu’à nouvel ordre. A écouter les deux camps, l’évidence d’une guerre sémantique saute à l’œil. Le gouvernement jure par la loi en insistant sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une dissolution des associations mais plutôt d’une suspension (relative) de leurs activités sur les campus et non partout ailleurs sur le territoire national. En attendant donc ce nouvel ordre annoncé, les associations gardent la plénitude de leurs prérogatives mais en dehors des locaux des universités. Comprenne qui pourra. Mais le plus rassurant pour les puristes de la démocratie, c’est que partisans et adversaires de ces mesures ne jurent que par la loi.

Il est indéniable que le côté manichéen du débat semble l’emporter dans les prises de position tous azimuts. Chacun compte les coups selon qu’il est pour ou contre. D’un côté un gouvernement vertueux et de l’autre des étudiants djihadistes, tandis que pour certains la dérive serait plutôt gouvernementale considérant que les étudiants ne sont que de pauvres victimes d’une tyrannie naissante. Or, la déconfiture est telle sur les sites universitaires qu’on se demande à quoi servirait le triomphe d’un camp sur l’autre. Tout le monde sait que le pari de la violence zéro dans le monde estudiantin est quasi impossible. Elle est partout cette violence : les bousculades dans les rangs au restau U ; les jeux de coudes pour se frayer une place assise dans des amphithéâtres débordés et insalubres ; les accrochages aux abords des arrêts de bus universitaires ; les frasques d’enseignants vicieux et mercantilistes. Autant de violences pernicieuses sur lesquelles la suspension d’activités des associations estudiantines ne pourrait avoir que très peu d’effet. Tous les protagonistes pensent pourtant œuvrer pour le mieux-être d’une jeunesse mal en point.

Puisque l’objectif semble le même de part et d’autre, que le respect de la loi demeure l’élément central des tiraillements, il ne reste finalement aux acteurs que de s’entendre sur les thématiques : suspension, interdiction, provisoire, définitif etc… Le citoyen lambda a besoin de comprendre pourquoi le milieu universitaire est en proie à cette vive polémique juste parce que les acteurs refusent de se parler ; ou dès qu’ils décident de se parler, cela se passe par réseaux sociaux interposés ; ou pire, ils se parlent sans s’écouter. Plus désespérant encore, c’est lorsqu’on constate que les orateurs font partie de l’intelligentsia nationale, des Béninois à qui incombe logiquement la responsabilité de proposer des parades intelligentes aux nombreux défis de la gouvernance après les années Yinwè.

Pour une fois, les postures d’analystes froids et distants n’apportent rien à la crise. Djogbénou et compagnie reconnaissent eux-mêmes que la matière relève de la loi et pourtant ils persistent à préconiser des solutions par décret pris en conseil des ministres. Tout comme les étudiants sont conscients qu’un bras de fer ne laisserait des séquelles que du côté de leurs camarades d’amphis exclusivement. Ministres et responsables politico-administratives étant hors d’atteinte et bien protégés. A propos, c’est bien sur le campus universitaire que le garde du corps d’un enseignant a vidé son chargeur sur une foule d’étudiants, blessant gravement plusieurs d’entre eux. D’où l’équation qui se pose à chaque partie : « choisir entre avoir raison sur les vis-à-vis ou régler durablement un problème de la nation commune ».

Plaidoyer pour l’économie d’une énième guerre des campus !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1570-etudiants-sans-campus.html

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