Il en fallait aussi pour Thobias Gnansounou

lundi 30 janvier 2017 par Arimi Choubadé

Le silence, le plat, le trou noir depuis ce 03 janvier 2017. Je m’étais juré de ne rien écrire pour lui. Pas lui, quand même, mon fils spirituel, afin de me conformer à une coutume de chez nous qui veut que les parents soient très sobres aux obsèques de leur progéniture. En temps normal, c’est lui Thobias Gnansounou qui se serait plié en plusieurs pour assurer tout le nécessaire pour mon repos éternel. Rien à voir avec mon apathie lors de ses derniers moments parmi nous. La soudaineté, la brutalité, l’insouciance voire la désinvolture de la méthode m’a complètement éloigné de la réalité. Mais depuis, la page éditoriale de mon journal est restée vide, défraichie, sporadiquement occupée par d’anciennes productions. Pendant que se poursuivait en mon for intérieur une puérile bataille de savoir si je dois écrire quelque chose pour lui ou pas. Je me suis rendu à l’évidence que c’était le passage obligé, même si c’est pour ne pas dire grand-chose sur l’immense Thobias Gnansounou. Je ne parviens à me concentrer sur rien du tout si ce n’est pour revenir inlassablement sur comment aborder cet hommage.

Sentiment de culpabilité ? Ce qui est sûr un peu plus d’effort de part et d’autre et le destin aurait été peut-être tout autre. Je ne peux pas oublier que ce jeune homme a été capable de se sacrifier pour moi, de sacrifier son gagne-pain parce qu’il avait jugé bon de m’accompagner lors des élections professionnelles pour la Haac en 2009. Il a dû partir de son poste de Attaché de presse au ministère de la famille pour avoir résisté à toutes les pressions visant à le détourner du soutien presque religieux qu’il témoignait à ma candidature. Malgré mon échec je n’ai jamais observé chez lui le moindre regret. Au contraire, il était toujours prêt à tout pour moi. Beaucoup de gens ne comprenaient souvent pas l’origine des atomes crochus entre lui et moi. Les membres des divers groupes de réseaux sociaux dont il se proclame administrateur étaient souvent surpris de le voir m’ériger quasiment en totem lors des discussions ; le seul à l’affronter ; à l’emmerder ; à le contredire voire à le prendre à partie impunément. Ses révoltes soudaines ne vont jamais au-delà de quelques minutes. Je ne vous compte pas le nombre de fois où il s’en est pris violemment à des gens qui m’en voulaient pour une raison ou une autre en mon absence.

Peut-être qu’en retour j’ai manqué de rigueur voire de vigilance à son égard. Eh oui ! Parfois j’apparaissais comme le seul capable de lui faire changer d’avis sur bien de sujet pour son propre bien. L’avons-nous fait ou l’avons-nous suffisamment fait ? De quoi a-t-il bénéficié malgré ce dévouement total ? Ce qui est sûr, on ne fera pas le deuil de ce géant par des hommages ou en signant ça et là des témoignages ou des reconnaissances en son honneur. Quelque part, j’ai même l’impression de continuer à profiter de lui indirectement en me servant de sa mémoire pour régler un problème de panne d’inspiration ou plutôt de panne d’écriture. Et puis, Thobias mérite plus qu’un éditorial posthume.

Débute de toutes les façons un nouveau relationnel avec toi, le frère, l’ami, le « fils » spécial. Il est impensable que l’histoire s’arrête là. Juste parce que tu aurais cessé de respirer, de nous parler, de vivre parmi nous. Toute ta vie fut une leçon pour tous ceux qui t’ont côtoyé : proches parents, amis, collègues, confidents et même ceux qui t’ont connu de loin. Sans mandat, sans parti politique, sans titre officiel tu t’es offert des hommages nationaux à travers la minute de silence de la part des représentants du peuple en plein hémicycle au palais des gouverneurs de Porto-novo. Depuis ce fatidique 03 janvier 2017 les rôles ont été inversés :

C’est toi l’idole, désormais …

Par Arimi Choubadé
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