Le Bénin et sa constitution-ornement !!!

vendredi 3 février 2017 par Arimi Choubadé

Se poser des questions sur ce que font les Béninois de leur constitution est loin d’être une provocation. Cela sert à faire les élections, pourvoir aux postes vacants dans les institutions mais surtout à palabrer et à alimenter abondamment polémiques et querelles de chiffonniers. Il s’est développé autour du document un art très spécial au Bénin où la palme revient à ceux qui savent jouer sur les mandibules plus que les autres. Tout le monde jure par la constitution sans possibilité de s’entendre et se comprendre entre compatriotes. C’est au nom de cette constitution que les préfets et prétendus défenseurs des droits de l’homme se chamaillent régulièrement autour de la liberté de manifester ; que Toboula et musulmans se battent autour de la légitimité ou non de prier aux abords des mosquées les vendredis ; ou que les catholiques réclament le droit de faire vivre la passion du christ chaque vendredi pascal ; ou encore que les adeptes du vaudou revendiquent de parader dans les rues de toutes les villes du pays durant leurs jours fastes. Ne sommes-nous pas en terre du vaudou, vaudou que le tout nouveau Programme d’action du gouvernement entend d’ailleurs « révéler » au monde entier ?

Mais à y voir de près, la constitution béninois semble souffrir plus de ce que l’autre appellerait désert de compétence. Le document supposé parmi les mieux élaborés en la matière de la sous région parait la victime expiatoire d’une paresse intellectuelle inquiétante. Cela peut s’observer surtout à deux niveaux de réflexion notamment en ce qui concerne son article 5 au sujet des partis politiques puis l’article 25 à propos des libertés publiques en général. Deux dispositions qui ont plusieurs fois manqué de dévier le pays de son orbite sans susciter des initiatives conséquentes visant à conjurer le mauvais sort. Il n’est donc pas exclu que le tumulte Toboula, objet de toutes les passions à présent, s’estompe de la même manière qu’il a pris naissance par quelques tapes dans le dos, quelques photos d’audience et quelques bonnes résolutions, généralement orales, sur la légendaire paix au Bénin et la bonne entente séculaire entre les communautés. A l’hypocrite, comme dirait l’autre.

A l’image de la passe d’armes par médias interposés entre deux brillants professeurs d’université sur l’interdiction de la prière aux abords des mosquées le vendredi pour les musulmans. Ailleurs, des érudits de cette envergure ne seraient pas écharpés juste pour la forme et non pour la science. On ne comprend en effet pas pourquoi depuis l’entrée en vigueur de la constitution le pays n’ait pas eu droit à une législation sur le régime des libertés. Pourquoi Djogbénou et Salami ne se battent-ils pas pour l’avènement d’une loi sur les conditions d’exercice du droit de manifester par exemple. Une loi pour préciser jusqu’où peut aller un préfet. Dans certains pays, la législation fait obligation au gouvernement ou son représentant de faire recours à un juge avant d’interdire l’organisation d’une manifestation publique à l’issue d’une audience contradictoire. Au Bénin, subsiste encore un régime ubuesque qui fait du préfet nommé par un gouvernement le juge de l’ordre public, le régulateur des libertés en général à savoir l’occupation de l’espace public, les déguerpissements, les processions, les cultes etc… Des textes d’application des dispositions constitutionnelles auraient déjà permis de régler le sujet. Un débat entre érudits ne servirait alors qu’à faire évoluer la législation plutôt que d’en rajouter au désarroi général.

Pareille apathie intellectuelle autour de l’article 5 consacrant l’exclusivité de l’animation de la vie publique aux partis politiques qui n’a jamais été assorti d’une législation sur un financement afin de rendre ces partis viables et conformes aux exigences de démocratie et de bonne gouvernance. Créés parfois depuis plus de 25 ans pour certains, ils continuent d’opérer avec un financement informel voire occulte. Ce qui fait rimer politique avec mafia, corruption, achat de conscience, détournements de deniers publics. Plusieurs autres dispositions d’importance pour le bon fonctionnement des institutions et la survie de la démocratie souffrent aussi cruellement d’absence de balises légales conséquentes. Ce qui fait du droit la matière la plus spéculative au Bénin. Parole de juriste devient parole de menteur.

S.O.S restauration de la constitution au Bénin

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1589-le-benin-et-sa-constitution.html

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