La fabrique de vent ?

mercredi 26 décembre 2007 par Arimi Choubadé

Une éminente personnalité politique a déclenché l’ire des supplétifs du régime du changement dans une mémorable tirade sur un « gouvernement ventilateur » à l’occasion de la campagne législative 2007. Une spéculation autour de cette expression n’enrichirait certainement pas le débat public. L’heure n’est pas encore au bilan de l’action du docteur-président. Néanmoins, il est un droit légitime du citoyen de réclamer plus de respect pour sa condition humaine de la part des dirigeants.

Le tout politique et le show permanent. Personne n’est épargné : chômeurs, salariés impayés depuis des mois, déflatés pour cause de pression fiscale, journalistes menacés et parfois battus, magistrats humiliés. La fantaisie faite programme d’action du gouvernement. Dans un pays de démocratie où goûter au plaisir de s’informer se transforme en un supplice, du fait du mépris des princes pour les autres. Les Béninois sont astreints à une ration unique et uniforme à longueur de journée. Politique le matin, politique à midi, politique le soir.

On est très loin de ce qui avait été promis en avril 2006. Le micro crédit devrait être à taux zéro, le statut de l’opposition remis à jour, les capacités du système judiciaire renforcées, l’école entièrement réhabilitée…l’emploi, l’industrie, l’éclosion des affaires, l’émancipation de la société civile. Il n’était pas question des yeux larmoyants des femmes de marché confrontées à la pire des inflations au lendemain de l’octroi des 30.000 Fcfa de misère. L’école s’apprête à renouer avec son cycle infernal de débrayage. Pendant qu’il est organisé des ballets d’hélicoptère pour arranger une crise de patriarches à Abomey. Le déploiement de faste en plein environnement de misère insulte la conscience.

De l’ambition de Yayi Boni, les Béninois n’en connaissent que les proclamations enflammées au détour des discours-prêches. La pratique est moins flatteuse. En dehors des références au Togo, au Burkina Faso, à la Chine ou au Vietnam – pour la plupart des contrées qui cherchent désespérément à se défaire de leur réputation de prédateurs des libertés fondamentales. Ce qui ne les empêchent pas d’exercer une fascination extraordinaire sur la marina.

La prouesse épistolaire des magistrats en dit long sur ces penchants regrettables. On perçoit même du Lansana Conté dans certaines prises de décision : « la justice c’est moi ». Se basant sur une hérésie politique qui fait du chef de l’Etat le « magistrat suprême ». Une notion qui n’existe nulle part dans le titre de la constitution consacrée à l’exécutif. Le chef de l’Etat, chef du gouvernement, chef suprême des armées n’a jamais été oint de la posture d’un juge par la loi fondamentale bien qu’elle lui concède la présidence du conseil supérieur de la magistrature. Les accusations de partie liée entre juges et bénéficiaires des procédures de déguerpissement de parcelle peuvent logiquement être contrebalancées par celles éventuelles entre voleurs de parcelle et gouvernement de changement.

Bientôt deux ans de pouvoir, de provocation vis-à-vis de la souffrance populaire, de destruction du socle social, de remise en cause des acquis de la conférence nationale, de la confiscation de la légitimité institutionnelle...Marqué par un appauvrissement remarquable du lexique de propagande. La vulgarité a pris le pas sur tout : « partenariat gagnant ; émergence ; changement ». Comme au bon vieux temps des slogans sans profondeur.

L’addition est lourde !

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/170-la-fabrique-de-vent.html