Il était une fois la lutte contre la corruption

vendredi 4 janvier 2008 par Arimi Choubadé

On attendait au pouvoir une armée de lutins immaculés lancés aux trousses des voleurs de deniers publics. Les placards du grand caméléon devraient être éventrés. Les miséreux issus d’une décennie de gabegie se croyaient enfin au bout du rouleau. Deux ans après, le changement annoncé peine à s’extraire de ses accointances avérées avec l’ancien régime. Bien que certains continuent encore de croire à l’avènement d’un véritable ordre nouveau, débarrassé des combines.

On se souvient de la volée de bois qui s’est abattue sur Houngbédji lorsqu’il a tenté de mettre des puces aux oreilles de ses compatriotes euphoriques de la vague cauris du premier tour de la présidentielle de 2006. « Qui veut moraliser qui et qui veut moraliser quoi ? ». S’ensuivit une mémorable tirade sur les dizaines de négociants qui sillonnaient les états-majors politiques à la recherche de soutiens et de désistements complaisants en faveur du docteur-candidat. Il paraissait que des accords de partage de strapontins avaient été signés à même des couvertures de cahiers d’écolier. Un vaste marché de dupes. Le devoir de vérité de l’honorable Rosine Soglo sur une chaîne de télévision sur les engagements non tenus de Yayi Boni a valeur de bilan.

Les plus perspicaces se doutaient bien que quelque chose ne tournait pas rond lors du processus de la dernière succession du général Kérékou. La campagne du banquier était trop sonnante et trébuchante pour respirer la probité et le dédain de l’argent sale. On se demandait bien comment ce fonctionnaire a pu se procurer les moyens d’arroser l’électorat avec autant d’arguments financiers. Les posters les plus géants, les caravanes les plus imposantes, les meetings les plus élégants. Il fallait rechercher les supplétifs de service dans les hôtels les plus huppés.

Une banque régionale d’une région aussi économiquement arriérée que la zone Uemoa ne saurait générer des princes aussi couverts de paillette et d’or. La Boad sombrerait-il dans la précarité pendant que ses chefs préparent leur ascension au pouvoir dans leurs pays d’origine respectifs ? A moins que des « amis » pleins aux as n’aient mis à la main à la poche. A la Sarkozy. Qui sont-ils alors ces généreux donateurs ? Et d’où tirent-ils cette manière aussi arrogante de dépenser de l’argent pendant que leurs compatriotes peinent à s’assurer un repas par jour ?

Après cette campagne-là, et ce qu’on a vu là, on ne peut être d’avis avec mon confrère Herbert Houngnibo que la marche verte se rapproche plus d’un exploit sportif que d’une véritable volonté de lutter contre la corruption. Le mépris de la juste récompense peut être également apprécié par cette autre démonstration du chantre de la probité qui, en pleine campagne des législatives en mars 2007, se paie un beignet de 25 FCFA à 10.000 FCFA, devant les caméras. Le symbolisme se passe de commentaire. On peut ajouter les accolades avec le copain Luc Da Matha à l’hémicycle en marge du discours sur l’état de la nation 2007.

Symbole pour symbole, le ministre de l’Intérieur, inconnu du grand public il y a quelques jours seulement, trouve les moyens de tenir meeting sur meeting, week-end après week-end pour fêter ses étoiles. Avec son salaire ? A-t-il hérité d’une riche tante qui aurait fait fortune dans les métaux précieux ? S’est-il fait aider lui aussi d’amis ?

Veuillez envoyer les réponses à toutes ces questions à l’Inspection générale de l’Etat.

Par Arimi Choubadé
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