Les Ape et les défenseurs de prébendes

mardi 15 janvier 2008 par Arimi Choubadé

Un nouvel péril au développement de l’Afrique ? Les Ape (accords de partenariats économiques). Trouvaille qui tombe à pic pour fabricants de pensées uniques. Au motif d’un effondrement des recettes douanières et d’une invasion du marché interne du continent noir par les produits en provenance des pays industrialisés. Quoi de plus indiqué que la crise à la douane béninoise pour proposer une application pratique aux thèses qui s’affrontent ?

Plusieurs décennies d’accords préférentiels n’ont pas empêché les produits étrangers d’envahir nos marchés. Le Bénin importe jusqu’aux lames de rasoir. C’est de la bouche de Yayi Boni qu’on apprend qu’une douane nationale peut être plus attachée à la défense des intérêts d’un homme d’affaires qu’à une hypothétique lutte contre la pauvreté. La preuve que la cible initiale des facilités accordées dans le cadre des accords entre l’Union européenne et les pays africains n’a jamais été atteinte.

Curieux quand même que ceux qui protestent contre les Ape perdent justement la dimension consommateur au profit des recettes publiques. Cette collusion entre la société civile rentière et les entités étatiques a toujours éveillé la méfiance chez des gens comme moi. En supposant que moins de taxe sur les produits entrants au cordon douanier entraînent une baisse considérable des prix cédés aux consommateurs. La lutte contre la pauvreté s’émancipe du coup de la spéculation des officiels sur les recettes publiques. Ce qui équivaut à moins de devises pour les paradis fiscaux et une diminution sensible des capacités de nuisance des dictateurs. Soit dit en passant, la notion de trésor public n’existe presque pas dans certains pays de la région. Directeurs et autres receveurs de recettes des services publics compilent tout simplement les espèces sonnantes et trébuchantes dans des malles cadenassées convoyées vers le domicile du chef de l’Etat.

Reste l’argument sur l’hégémonie des industries du nord. Ce n’est pas nouveau. Les lois du marché permettent de corriger ces décalages au fil du temps surtout dans un environnement mondial fondé sur la globalisation. A moins de donner raison à celui qui soutient que « l’homme africain refuse de se projeter dans la modernité ». La mondialisation a induit le phénomène d’anonymat sur les capitaux. Les comptes bancaires pèsent désormais plus lourds que les passeports. Des Africains trônent à la tête de multinationales à audience planétaire.

Les scènes d’écorché vif observées à Dakar ou à Paris doivent être rangées dans la rubrique des faits divers qui n’ont aucune espèce d’influence sur l’histoire. On voit mal, les Africains, quelques francophones en l’occurrence, modifier les rapports de force à travers des esbroufes de rentier et autres supplétifs de régime assis sur la fraude électorale et le siphonage des recettes douanières. La manipulation a omis d’expliquer à l’opinion qu’en ne signant pas les accords querellés, certains africains s’affublent d’une tare supplémentaire, celle du non respect de la parole donnée. Puisque les Ape surviennent à une échéance convenue de longue date entre les différentes parties.

Pour une fois, je suis d’avis avec Yayi Boni pour plaider que la lutte contre la pauvreté s’affranchisse des intermédiaires corrompus. Suivez mon regard !

Par Arimi Choubadé
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