La rançon du strapontin

dimanche 10 février 2008 par Arimi Choubadé

Enfin prêt pour redevenir ministre. La chute de la sortie médiatique du plus francophone des Béninois aura battu tous les records de pitrerie. Aucun sacrifice n’était trop grand pour le défenseur de l’ordre, de la morale et de la dignité si ce n’est que pour solliciter, en direct sur un plateau de télévision, une place auprès du père. Au prix de l’infanticide volontaire sur le pauvre maire d’Abomey, poignardé dans le dos par son propre oncle ; ou de la fratrie sur le maire de Cotonou, livré à la vindicte.

Adrien Ahanhanzo Glèlè, grand intellectuel de son Etat, gardien de la souveraineté nationale du fait de son passé de torturé, copropriétaire de la société civile n’est finalement qu’un cadre béninois. Il fallait une démonstration de la fameuse crétinisation du cadre béninois dont il parlait depuis un moment. Les téléspectateurs de Golf Tv du dimanche 10 février 2008 sont désormais édifiés sur le sujet. Que ne ferait-on pas pour redevenir ministre chargé de la promotion de la francophonie comme l’autre copain déjà chargé des langues nationales ?

On peut admettre les lapsus sur la durée du mandat des conseillers à la Haac qui est de 5 ans et non de 4 ans comme on l’a entendu. Ce qui par contre est hallucinant pour un futur ministre, c’est la confusion sur des notions aussi élémentaires que Gouvernement, Etat, Nation, Institution. Les fréquences de radio et de télé ne sont pas des propriétés du gouvernement mais de l’Etat. De même que le gouvernement ne donne pas de l’argent aux autres institutions. Le fonctionnement de ces dernières est assuré par l’Etat à travers le budget général de l’Etat voté par l’Assemblée nationale sur la base des ressources tirées du labeur collectif de tous les citoyens contribuables. Le chef du gouvernement n’en est que l’ordonnateur et non le possesseur. Il s’agit ici des deniers de la République et non de la personne du chef de gouvernement.

Le sens du discernement de notre futur ministre s’apprécie également à travers la haute estime qu’il a de certains de ces futurs collègues qui ne seraient pas à leur place dans le gouvernement ou qui ne connaîtraient pas le sens de leur mission. Cette même équipe composite ferait pourtant un bon travail malgré les parasites. On se délecte par avance des prochains conseils des ministres dans cette ambiance de « tous pourris sauf moi » avec le ministre-qui-sait-ce-qu’il-a-à-faire et son bon ami Gbêgnonvi d’un côté et de l’autre tout le reste, excepté bien entendu du grand développeur et incarnation du changement, unique élu du peuple. Ce peuple dont il faut soustraire les députés (des mafieux et des prisonniers potentiels), les conseillers à la Haac (des irresponsables budgétivores), les juges (corrompus), les syndicalistes (manipulés) sans oublier Soglo (un danger pour la démocratie). Ceux qui se posent encore des questions sur les éventuels supports intellectuels de la dérive fascisante du moment sont servis.

Le magnanime patriarche très habile à distribuer les bons et les mauvais coups ne se prive pas un seul instant à abuser du blanc seing lorsqu’il s’agit de celui qui fera bientôt de lui un ministre. Au risque d’engager le très respectable Transparency International Bénin dans une onction sans retenu pour un acte de gestion aussi grave que celui observé à propos des recettes de l’escorte de véhicules d’occasion. 25 milliards de recettes ordinaires réalisées par l’administration publique classique, sur 19 mois, stockés dans un compte autre que le trésor national. En attendant que les étudiants en droit nous disent la seule règle des finances publiques respectée dans cette fumeuse opération.

Pendant qu’on y est, je ferai certainement un bon ministre de la promotion du journal Nokoué comme mon ami Herbert Houngnibo à la promotion de La Presse du Jour. Un gouvernement de coquins et de copains.

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • C’est triste qu’au soir d’une carrière, et même d’une vie, un intellectuel (ou un supposé tel) soit obligé de baisser la culotte pour quémander un strapontin.
    Mais comprennez Monsieur francophonie : peu de temps avant lui, Monsieur germanophonie avait réussi à séduire le docteur appelé au chevet du peuple béninois, en usant (ou plutôt en abusant) ... du français !
    Mieux vaut tard que jamais, a-t-il dû se dire.
    Mais au final, piteuse prestation, étalage d’inculture : il aura lui même levé le voile sur ses supposées capacités intellectuelles.