Le vol masqué

mardi 19 février 2008 par Arimi Choubadé

Ils sont coupables d’avoir raison. Victimes d’un dénie de jouissance sur des droits légalement acquis. Enseignants et médecins grévistes résument à eux seuls l’incurie de la gouvernance. Privés de la juste rémunération pour un service déjà rendu à l’Etat-employeur. Pendant que les rentiers multiplient les gratifications et les bonifications sur la base du fruit du travail des autres. Propagande, désinformation, désinvolture et paresse intellectuelle se chargent de rallier la masse ignorante à la fausse accusation : la minorité des travailleurs prendraient en otage les 7 millions de Béninois.

Les gens sensés savent que le contrat entre l’Etat et ses agents travaillant à son compte n’est pas de la même nature que celui qui le lie au reste de la population. La traditionnelle dialectique entre le droit et la morale – avec le droit dans le camp des travailleurs et la morale du côté de la population. Dans un exercice d’hiérarchisation l’universalité appartient au droit. Quand la morale catholique s’oppose à celle islamique au sujet de la polygamie par exemple, c’est la loi de la République (le droit) qui les met toutes deux d’accord.

Pour en revenir à notre sujet, il est clair que l’Etat est redevable prioritairement aux travailleurs à qui il est en relation de travail avant artisans, paysans, femmes des marchés, zémidjans et consorts. L’agent public produit de la richesse pour le compte de l’Etat contrairement aux autres qui jouissent de la liberté d’entreprise. L’Etat agit sur les populations par l’intermédiaire de ses agents. Le docteur-président ne peut atteindre les paysans de Tchoumi-Tchoumi ou de Vakon en jetant de l’argent par la fenêtre à partir de son bureau de la Marina. Ce sont les enseignants, les médecins et les autres fonctionnaires publics qui exécutent le service. Pas donc de service de qualité sans exécutants (fonctionnaires) de qualité.

L’imbrication des deux notions, Etat-fonctionnaire, ne se prouve plus dans un pays où les gens marchent sur leurs pieds. Seule la propagande arrive à trouver des interstices entre les deux. Yayi Boni ne peut faire voler ses hélicoptères sans les approvisionner en carburant. De même qu’il ne peut parvenir à satisfaire convenablement les populations sans des fonctionnaires décemment payés. Ce n’est pas le docteur-président qui enseigne, assure la sécurité, soigne, encadre les paysans. Aimer son peuple c’est satisfaire d’abord ceux par qui on prétend leur amener le mieux-être. S’il ne reste qu’un seul franc au trésor public, ce franc revient en priorité aux fonctionnaires publics et non autres citoyens aussi nécessiteux qu’ils puissent être.

Comme cette chronique se veut être celle de la clarification de quelques notions de gouvernance attardons-nous à celle de contribuable. En réponse à la théorie sur le trésor public qui nous appartiendrait à tous. Soit. Sauf que les ressources en question ne proviennent pas de philanthropes désintéressés. Elles résultent des fruits de services consommés par chaque citoyen : santé, éducation, sécurité, environnement etc... Des services assurés en réalité par les agents de l’Etat actuellement livrés à la vindicte populaire. Les impôts et autres taxes payés au trésor public ne sont donc pas des dons, encore moins des cotisations. Mais des compensations pour service rendu par l’Etat à travers ses agents. Au vu de tout cela, on se demande qui est l’otage et qui est le preneur d’otage ?

Les preneurs d’otage, on peut les chercher du côté des ministres, des conseillers à la présidence et autres commis dont les émoluments n’arrêtent de grimper au fur et à mesure que le peuple de la misère et des souffrances gronde.

Du vol légalisé…

Par Arimi Choubadé
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