Le commis et l’élu

mercredi 27 février 2008 par Arimi Choubadé

De la tutelle administrative à la tutelle politique. Décidément, plus rien ne résiste au processus d’inversement des valeurs entrepris par le régime du changement. Qu’un (simple) préfet en vienne à oser tancer un député de la nation. Usant de menaces, d’invectives, de violences verbales ; conformément à une marque déposée de l’émergence à la béninoise, celle qui se caractérise par un autre processus destiné à « mouiller » tous les cadres émergents. Nul ne saurait sauver son poste s’il ne consent à se compromettre durablement. Dandjinou comme maire des Xwla et Sèto ; de Souza pour défendre la gestion de l’escorte des véhicules d’occasion, Agbo en pâture aux journalistes…

Des sortes de gilet pare-balles pour le docteur-président. Les préfets commençaient par trop se la couler douce pendant que le chef de l’Etat se heurte à une fulgurante rébellion au sein de son propre camp. Alors que des Dg de sociétés d’Etat, des directeurs de cabinets ministériels, des conseillers à la présidence de la République, des ministres et autres membres d’institution, des hommes d’affaires et même des généraux s’activent devant les caméras à l’occasion d’opérations de célébration du grand chef – meetings de remerciement, marches de soutien, offices religieux, communiqués laudateurs, interviews enflammées à la télévision.

Il fallait que le préfet des départements de l’Alibori et du Borgou choisisse le mode de reconnaissance envers le pouvoir. Ce n’est pas à un administrateur civil de la trempe d’Allassane Gado qu’on va enseigner la différence entre un élu local et un élu national. Il sait que sa légitimité de préfet tient à une signature d’un ministre de l’Intérieur – lui aussi commis – en bas d’un document de nomination. Par contre Rachidi Gbadamassi tient la sienne du peuple à travers des milliers de bulletins de vote glisser dans l’urne. L’honorable détient donc un mandat national au terme du célèbre article 80 de la constitution : « … Chaque député est le représentant de la Nation toute entière et tout mandat impératif est nul… ».

Lorsqu’on a lu et bien lu la loi fondamentale, il n’y a plus de confusion possible entre une tutelle municipale et une légitimité parlementaire. Le fait que le changement excelle à chambouler tous les repères républicains ne vaut pas raison. Le représentant par excellence de la nation toute entière et les populations de Parakou en particulier demeure bien Rachidi Gbadamassi. Lui peut parler au nom des habitants des départements du Borgou et de l’Alibori. Ce qui n’est pas le cas du préfet représentant le pouvoir exécutif. Mais cela tout le monde le sait.

Il ne viendra à l’esprit d’aucun Béninois averti de la vie politique nationale de s’en faire pour l’avenir de Rachidi Gbadamassi. Ce n’est pas pour rien que le docteur-président évite le choc direct en recourant aux lieutenants de service. Son vis-à-vis à bien réchapper à une procédure judiciaire qui le donnait pour perdant à l’avance. A ne pas oublier qu’il est sorti haut les mains des législatives dans une circonscription électorale littéralement assiégée par le chef de l’Etat aidé de toute l’armada de la puissance publique. N’importe quel commis aux ordres, dépourvu de toute légitimité populaire réfléchirait par sept fois avant d’affronter les têtes brûlées de la fronde anti-Yayi.

Surtout qu’ils ont promis que ce serait désormais du tac au tac.

Par Arimi Choubadé
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