Né avec l’argent…

mardi 11 mars 2008 par Arimi Choubadé

L’un des derniers nés de la classe politique peut-être mais l’un des plus riches. Quand Fcbe rime avec prodigalité, frugalité, vulgarité. « Le fric, le froc et la frime » comme dirait mon emblématique confrère de Panorama. Le Bénin de la misère, de la pauvreté, de la vie chère et du chômage ne comprend toujours pas d’où sortent ces jetons de présence distribués à des marcheurs et des recrues de mouvements de soutien dans une désinvolture exceptionnelle : sans fiche d’émargement, sans justificatif, sans comptabilité. De la machine à ventiler l’argent.

Les gens semblent oublier les conditions de l’avènement du changement. L’or et les paillettes étaient au rendez-vous bien avant la campagne 2006. Bien avant ces gigantesques bâches à l’effigie du docteur-candidat, illuminées de nuit pas de puissants projecteurs. Très peu d’immeubles de Cotonou ont pu offrir des façades suffisamment larges pour ces genres d’affiches jamais vues auparavant dans une campagne électorale – interminables processions de véhicules de luxe, équipe de campagne logée dans des villas cossues et des hôtels de grand standing.

Remontant encore plus loin, on se souvient des étonnements de Zossou alors Cicéron du général à propos des sources d’alimentation de la civile rentière qui multipliait déjà les mouvements et les manifestations anti-révision constitutionnelle. Le général lui-même ne s’est pas privé de stigmatiser de malsaines collusions entre l’activisme du moment et des diplomatiques et financiers. L’hideux bilan du patriarche avait enlevé toute crédibilité à ce prêche de dernière minute. Mais les derniers recasements au sein de l’appareil du changement lui donne entièrement raison. Les rentiers tiennent désormais quartier au palais de la marina où dans des machins taillés sur mesure.

Ces ambiguïtés de départs déteignent forcément sur la sincérité de la lutte contre la corruption. L’opinion a besoin de se faire une idée de la source de financement de la campagne du docteur Yayi Boni en 2006. Son seul salaire de président de la Boad ne lui permet pas de nous faire voir ce que nous avons vu-là. Un héritage ? Un jackpot ? La providence ? Le hold-up ? À défaut de version vérifiée place aux rumeurs et aux extrapolations.

Des « amis » fortunés peut-être – le rôle supposé ou réel du magna du coton, Patrice Talon dans l’ascension du docteur-président. Là encore l’opinion a besoin de savoir s’il s’agit d’une ponction sur sa fortune personnelle ou d’une générosité du conseil d’administration de son empire ou d’une transaction particulière. Avec une naissance aussi controversée, les déviances actuelles du « caurisme » ne constituent qu’une demi surprise. Le contexte se passe de commentaires : gestion opaque de la filière de véhicules d’occasion, quasi monopole dans l’attribution des marchés d’infrastructures, flou autour des privatisations, tournées ministérielles tous azimuts. S’ajoutent la multiplication des structures budgétivores inutiles à l’image du médiateur de la présidence, du haut conseil pour la gouvernance concertée, de la commission sur la relecture de la constitution.

La Fcbe ne fait qu’en profiter au maximum. Bon appétit messieurs !

Par Arimi Choubadé
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