Bouger sans travailler

mercredi 26 mars 2008 par Arimi Choubadé

Une spécialité Bénin-émergent. Qu’un chef d’Etat soit obligé de faire inscrire son nom sur du bois de coffrage transformé en salle de classe précaire. Au bout de deux ans cela lui brûlait aussi d’inaugurer quelque chose, d’avoir l’impression d’exister en tant que chef de l’Etat. Or, rien ne venait jusque-là, en dehors des poses de première pierre de projets ficelés au préalable par le prédécesseur avant l’alternance. Le chrono tourne, les proclamations pleuvent mais les réalisations piétinent. On s’éloigne plus de l’émergence qu’on ne s’en rapproche. Puis vient l’aubaine : quelques salles de classe en bois de coffrage.

Tant pis si le déplacement de la délégation présidentielle devait bousiller six fois le montant de l’ouvrage à inaugurer. Le carnet de bilan du docteur-président commençait par pâlir d’une virginité trop prolongée. Le tour du Bénin a été déjà effectué à plusieurs reprises à bord d’hélicoptère suivi d’une horde de caméramans et de reporters. Sans que cela ne se traduise par plus de centres de santé, de salles de loisirs, de pistes rurales, d’adductions d’eau ou de connexions électrique. Au contraire, l’une des premières mesures du gouvernement du changement à son avènement est de mettre tous les chantiers à l’arrêt.

En clair, l’émergence se conçoit visiblement sans infrastructures sociocommunautaires. Les mémorables colères du prince ne sont donc qu’une reconnaissance implicite de l’immobilisme. Les populations d’Adjohoun ont finalement tort de se morfondre. Ce n’est nullement pas parce qu’elles n’ont pas adhéré massivement aux listes Fcbe que leur route (Missrété-Adjohoun-Bonou-Kpédékpo) ne finit jamais ; que l’hôpital de zone ne sort toujours pas de terre ; que les écoles végètent dans un délabrement exceptionnel ; que les maisons des jeunes sont rares. À Toucountouna, à Tahiacou, à Bembéréké, à Savè ou à Savalou, la même désolation, bien que les bulletins Fcbe aient été massivement sollicités par les électeurs aux législatives 2007.

Curieux qu’on veuille lutter contre la pauvreté en privant les plus pauvres d’hôpitaux, de loisirs, de pistes rurales, de puits d’eau, d’électricité. N’eut été la pitié du plus humanitaire du gouvernement Sarkozy, Bernard Kouchner, les salles en coffrage qui arborent fièrement l’épitaphe estampillé Yayi Boni n’auraient vu le jour. Les nouveaux princes entendent disposer de toutes les recettes publiques à porter de main. Les tournées populistes, les pré campagnes électorales, les salaires de ministres, les primes des sujets du palais de la marina ; tout cela coûte cher.

Il ne dépend que du docteur-président pour que la tendance de l’inaction s’inverse. Le pays en chantier ne concerne que quelques bricoles à Cotonou et Godomey. La diète des inaugurations d’infrastructures sociocommunautaires constitue la meilleure démonstration de la différence entre le travail et le bruit. On comprend pourquoi le gouvernement se jette sur la moindre initiative privée de construction pour nourrir la machine de propagande. Aucune marche de soutien, aucun meeting ne remplace une salle de classe ou un lit d’hôpital. Or, l’aboutissement des projets dépend de l’expertise et de la sollicitude. Des qualités vendangées dans les sorties oiseuses et inutiles.

Donner l’impression d’émerger, c’est bon. S’en préoccuper rationnellement sans propagande, c’est mieux.

Par Arimi Choubadé
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