Fausse honte

mercredi 2 avril 2008 par Arimi Choubadé

Un opposant enfin devenu ministre. Très importuné par la déclaration du 12 mars. Soit. Les temps ont changé. Tout le monde aurait remarqué sa « gêne » de voir ses anciens amis liés le statut de l’opposition à des questions matérielles. Quelles devraient être, monsieur le ministre, les aspirations de l’opposition ?

On ne peut pas reprocher à Saka Lafia de faire son apprentissage de la proximité du pouvoir. Il est le premier surpris de se voir répéter les mêmes gestes que ceux qu’il a combattu dans le passé. Se pavaner dans les rues de Cotonou en compagnie d’autres ministres sans faire l’amitié d’avertir son ancien compagnon, maire de la ville, obéit à cette logique de reniement ambiant chez les princes du changement. Le délestage sauvage qui a suivi est la meilleure réponse aux fanfaronnades et autres promesses farfelues.

Revenons à la honte de Saka Lafia sur les réclamations matérielles de l’opposition. En tant que ministre, il est bien repu de toucher le salaire de 50 enseignants réunis, de disposer de voitures de fonction, de frais de mission lorsque l’envie lui prend de faire le bras d’honneur aux élus locaux. Mais il veut que ceux qui vont l’affronter sur le terrain le fasse à mains nues. A moins qu’il pense comme d’autres que Soglo a suffisamment pris sa part du lion pendant qu’il était président et que le moment est venu pour lui de trimer à son tour. Une réflexion frappée de non sens puisque son parti l’Uds a, la même durée de vie que Soglo au gouvernement (transition et 1er gouvernement du renouveau démocratique confondus).

Eh oui ! L’opposition a besoin de financement dans son rôle de salut public. L’Etat béninois cesse de rêver de démocratie s’il n’est pas capable de faire fonctionner la contradiction et l’expression plurielle. Voyager à bord d’hélicoptères, ouvrir des chantiers, voguer de fêtes en fêtes à l’aide des moyens publics, tout ce qui concourt à assouvir le désir de populisme du régime participe de la démocratie. C’est aussi de la démocratie qu’un Etat assure une représentativité républicaine à la frange de citoyens qui ne se retrouvent pas dans la politique menée par l’exécutif.

La politique ne s’entend pas à travers l’art de sauver sa tête mais de se battre pour des principes. Des causes pour lesquelles Saka Lafia était acquis il y a encore quelques années. Le pestiféré du septentrion constamment asphyxiés du temps de l’Ubf ne se reconnaît plus aujourd’hui dans les lignes de la loi portant statut de l’opposition d’une part et de celle sur le financement des partis politiques d’autre part parce que ses émoluments de nouveau prince du changement n’ont rien à envier aux partages de butins sur les parcs de véhicules d’occasion du temps de Kérékou.

1.000 milliards Cfa de budget à la gloire du seul régime ? Le hic de cette histoire est que les opposants font eux aussi partie des contributeurs de ce budget de part leur travail. En d’autres termes, ils contribuent à enrichir un Etat qui s’évertue à leur arracher toutes les espaces d’expression et de liberté. Saka Lafia, la dérive autoritaire ne sort pas d’une imagination. Elle se palpe chaque jour au Padme, à la direction générale de la douane, à Télécel-Bénin, à radio Ekpè, à la Cena et dans ses démembrements du Littoral etc..

Le monstre se construit, sans honte.

Par Arimi Choubadé
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