L’objectif n’est pas 2011…

vendredi 9 mai 2008 par Arimi Choubadé

C’est là, maintenant, que le fisc traque journaux et hommes d’affaires, que les Collines bruissent de relents communautaristes, que le septentrion est au bord du nettoyage ethnique, que les moyens et le personnel de l’Etat sont confisqués par le parti-Etat, Fcbe, que les médias publics entament la chasse aux agents anticonformistes, que l’attribution de marchés publics s’entoure d’opacité, que le statut de l’opposition court après sa reconnaissance légale… Pas en 2011.

Avis à méditer par les principaux regroupements engagés dans une posture de contradiction au régime Yayi. Il règne en effet, comme une atmosphère de syndicats de déçus, de trahis et de revanchards qui ne rêvent que de faire la peau au docteur-président au renouvellement de son mandat en 2011. Quelques chroniqueurs s’en donnent déjà à cœur joie, de cette défaite annoncée. Comme si les trois ans à venir n’existent pas. Et qu’il faut laisser les Béninois à la merci de la mauvaise gouvernance, des dérives autocratiques, de la bamboulisation de son système démocratique et d’inversion des valeurs sociales établies depuis le début de l’ère moderne de la nation-Bénin.

La sanction ne devait pas être que la recherche d’une coalition électorale. Le quotidien des Béninois est loin d’être promis à un avenir émergent comme le scande le discours officiel depuis deux ans. La pratique révèle plutôt une pâle copie de tous les avatars du Kérékouïsme que l’on croyait pourtant révolu à jamais. Au-delà d’une éventuelle claque électoral, la réflexion s’articule autour de l’état dans lequel le pays va connaître un passage de témoin à la marina.

On évoquait tantôt le quotidien parce que le recul des frontières de l’unité nationale se vit désormais dans de nombreuses régions du Bénin. Il y a 5 ans, l’honorable Amouda Razaki pouvait se faire élire dans son Ouassa Péhonco natal sans que des plaisantins ne passent ses cicatrices raciales au scanner de l’ « ethniquement éligible », version changement. Il aurait certainement retrouvé sa toge de magistrat depuis un an sans subir des tracasseries administratives d’un autre âge, s’il avait rejoint la liste présidentielle de la Fcbe aux législatives de 2007.

L’enjeu du débat public reste collé au « vivre mieux » des citoyens, en référence au terme de campagne d’un candidat à la présidentielle de 2006. Une considération qui ne s’embarrasse pas de calculs électoraux du futur. Au lendemain de la présidentielle 2011, le Bénin aura un président de la République.Yayi Boni ou un autre ? Aucune importance. Même si le docteur-président obtenait un renouvellement de mandat, il se posera toujours le problème de sa relève.

C’est donc tous les jours que les jeunes, les femmes, les travailleurs ont besoin de la vigilance du G4, du G13 et alliés. L’absence d’expertise sur les chantiers de la Cen-Sad, la gestion des dons faits au Bénin par la Libye dans le cadre du sommet, les manipulations de dossiers d’Etat par des ministres menacés de limogeage, les attaques ciblées sur les institutions financières. La veille permanente. Les experts en stratégie électorale ont largement le temps d’aviser au moment opportun.

2011, ce n’est pas le week-end d’à-côté.

Par Arimi Choubadé
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