Les patriotes de Yayi

mardi 27 mai 2008 par Arimi Choubadé

Sèmè-Kpodji, comme par hasard, pour incarner l’insurrection populaire. Fief supposé du colonel de la douane, Kpoviessi, incarnation des « patriotes ». Barrages tolérés par des forces de l’ordre visiblement complaisants, branchages, manifestants ivres, exhibition de machettes et de gourdins. En boucle sur presque toutes les chaînes de télévision. Des équipes de reportage qui ont fait preuve d’une prodigieuse dextérité en se montrant à la fois sur tous les fronts de la contestation : Djrègbé, Aglangandan, Kétou, Godomey, Porto-novo, Sakété, Malanville.

Curieuse spontanéité où les populations n’envahissent les rues qu’à la venue des caméras de télévision. Avec en vedette, partout, le regroupement politique présidentiel. Ce qui marque une nouvelle phase dans l’ascension politique du docteur-président. Du banquier au chef d’insurgés en passant par président de la République, chef de parti, leader des patriotes, en l’espace de deux ans. Impressionnant. En attendant la prochaine étape : chef de rébellion ? Gourou d’une nouvelle secte mystico politique ? Exilé de luxe ? Ou martyr de l’émergence.

Il y a peu j’évoquais l’accomplissement de certains aspects des crises post électoraux au Kenya et au Zimbabwe en terre du Bénin. Exprès, je me refusais d’imaginer une suite à l’ivoirienne, par superstition. De peur que la tragédie ne se réalise rien que d’y penser. Sauf que la réalité est plus tenace que les simples prémonitions. Dans un contexte de précarité, de chômage endémique et de vie chère, que ne peut-on faire à des badauds motivés par des jetons de mobilisation ?

L’idéologie de la violence et de la haine ne se cache plus sous les boisseaux. Elle officie désormais à visage découvert. Les cibles clairement désignées. Les apatrides et autres détracteurs du régime ouvertement indexés par le communiqué de la Fcbe-Etat. Le passage à l’acte ne saurait tarder. Contre qui croyez-vous que les machettes et autres gourdins exhibés devant les caméras seront utilisés ? Contre des objectifs identifiés au préalable par les idéologues de service. La vieille classe politique bien entendue en première ligne. Suivie de ses suppôts syndicalistes et de la presse dite réactionnaire.

Le glissement se fait sous nos yeux, progressif, irréversible. Certains sont déjà passés à l’acte et n’attendent qu’à gagner désormais des galons sur le terrain. Assassinats à Kétou, épuration ethnique à Glazoué et Ouessè, tentative d’assassinat à Avrankou, agression du maire à Abomey. A qui créera le plus de troubles et de déstabilisation de l’édifice Bénin. Il existe au sein du pouvoir une frange de faucons convaincus que seule la terreur peut provoquer la réédition des contradicteurs les plus résolus dans le style Charles Taylor : « Il a tué mon père et ma mère mais je vote pour lui ». Une sorte d’assurance pour la survie et la paix.

Je demeure solidement ancré sur mes convictions que l’introduction de la violence dans le débat politique ne doit rien à un concours de circonstance. Il est à espérer que l’absence de réaction du camp d’en face, fasse tomber la fièvre. Ce n’est pas évident que des contre manifestants aux partisans du pouvoir bénéficient de la même compassion de la part des forces répressives. Si l’on s’en tient aux arrêtés préfectoraux d’interdiction de toute manifestation hostile au gouvernement.

Il vaut mieux que leurs seuls interlocuteurs dans la rue restent les caméras et les forces de l’ordre condescendants.

Par Arimi Choubadé
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