Atterrissage incertain

vendredi 20 juin 2008 par Arimi Choubadé

L’éteignoir a plus ou moins fonctionné vis-à-vis du magma sociopolitique interne. En dehors de la flamme mèche incidemment allumée par quelques partis coalisés au sujet de la non installation de 24 conseils municipaux élus. Mais comme à son habitude, le « guide » n’est pas reparti sans avoir refilé à son hôte l’une de ses patates chaudes dont on digère les contrecoups durant de longs mois voire années. A l’instar de cette fatwa préméditée sur les organisations sous régionales. A propos de la Cedeao, la cinglante réplique de la délégation nigériane est rien à côté de l’orage qui s’annonce avec d’autres chefs d’Etat.

Humiliation suprême pour le beau Blaise de s’entendre dire qu’il est le président en exercice d’un vulgaire machin voué à la casse de la Cen-Sad. Lui, expert en accords de paix entre frères ennemis (Togo, Côté d’Ivoire, Libéria), membre fondateur de la Cen-Sad, ex-président en exercice de l’Organisation de l’unité africaine, hôte permanent du Fespaco, hôte de la Coupe d’Afrique des nations de football 1998, plusieurs fois président en exercice de la Cedeao, de la Ceao, de l’Uemoa et du Conseil de l’entente, rabaissé au rang des éclopés de l’intégration africaine suivant Kadhafi. Sur le sol béninois, par dessus le marché !

Si l’objectif est de raviver une certaine rivalité entre le Burkinabé et Yayi Boni, c’est réussi. Le départ précipité du chef de l’Etat béninois avant même le début des travaux du sommet de la Cedeao en janvier dernier est resté coincé en travers la gorge de nombreux Ougalais. La spéculation s’est chargée de lier ce faux bond à un clash survenu dans le choix du président de la Banque ouest africaine de développement, Abdoulaye Bio Tchané. Imaginons la cocasserie du port des nouveaux attributs Cen-Sad par de Yayi Boni à l’occasion des conclaves de cette organisation sous régionale dont l’enterrement a été simulé à Cotonou. Aucun chasseur d’information n’a d’ailleurs raté le boycott collectif lors de la cérémonie de clôture. Déjà que sur la vingtaine de chefs d’Etats attendue, à peine les caméras ont pu cadrer une dizaine dans leurs objectifs.

Cedeao pacotille ? Allez le dire aux Nigérians. Leur pays doit son rayonnement international à la présence à Abuja du siège du parlement sous régional. Il a acquis sa stature de puissance régionale grâce à l’Ecomog qui se targue d’avoir pacifié le Libéria et la Sierra Léone. Un Ecomog devenu l’interlocuteur privilégié des plus grandes puissances militaires planétaires. Abuja sait, en outre, que le chemin vers une place de membre de permanent au Conseil de sécurité de l’Onu passe forcément par un positionnement au sein de la Cedeao. Des strapontins largement plus valorisant pour l’émergence d’une nation que les constructions de villas présidentielles, d’hôtels de luxe insolant, de mosquées et de l’organisation de fêtes foraines improvisées. Il faut multiplier ces frustrations en cascade à l’échelle des 4 autres sœurs africaines de la Cedeao vis-à-vis desquelles le « guide » libyen à déverser son fuel.

L’atterrissage en ce qui concerne les problèmes nationaux, quant à lui, ne manque pas d’épice. A commencer par le peu de cas fait de la démocratie et des droits de l’homme au cours des assises de Cotonou dans un pays dont la source de devise principale demeure son expérience sur la voie de la libre expression. Sans oublier les partis coalisés (G4, G13, Force-clé et consorts), les syndicats, les étudiants à l’affût.

« Du chaud après le show »

Par Arimi Choubadé
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