Pourquoi pas deux ans avant ?

mercredi 16 juillet 2008 par Arimi Choubadé

Le gouvernement coûte trop cher. La magie du forum contre la vie chère ? La cohue d’un parterre d’invités dans la majestueuse salle du Centre international des Conférences de Cotonou (Cic) a suffit au docteur-président pour se convaincre de ce que l’économie nationale souffre de la démesure boulimique de son équipe. Une illumination subite survenue avec un retard considérable de deux ans. Le tristement célèbre régime de Kérékou à son apogée ne pesait pas autant sur le trésor public à travers les salaires, les frais de mission, les véhicules administratifs, les primes et autres indemnités pour ministres, conseillers à la présidence, gardes du chef de l’Etat, marcheurs, courtisans, coordonnateurs Fcbe. Avec un irréductible casernier comme le général, les caisses de l’Etat ne risquaient pas les saignées redoutables des voyages présidentiels.

Le surréalisme de l’annonce de réduction du train de vie de l’Etat devant le théâtre du 14 juillet 2008 au Cic n’aurait pas échappé à un observateur attentif des frasques des nouveaux princes. Jusque-là, aucun émergent à commencer par le premier d’entre eux n’a expliqué ce qui pouvait justifier l’augmentation des portefeuille ministériels, la multiplication par 4 des émoluments des membres du gouvernements, la célébration du centième milliard englouti dans les voyages du chef de l’Etat à l’étranger en moins de 8 mois d’exercice – non compris les balades d’hélicoptères à travers monts et vallées à la recherche de nouveaux adhérents à Fcbe.

On se demande si ce sont les 200 millions de reliquat retrouvé au trésor public au lendemain de l’investiture d’avril 2006 qui ont suscité cette folle envie de dépenser. Car bien avant la conjoncture internationale, la situation interne héritée par le régime ne prêtait pas du tout à l’optimisme. Mais, le désir de jouir semble avoir été le plus fort. Beaucoup de gens s’inquiétaient déjà de cette inflation galopante de la dépense publique à l’exception des chanteurs de louanges qui voyaient plutôt des embellies partout. Des investissements, nous disait-on, dont les incommensurables retombés sortiraient le Bénin de la misère et de la pauvreté. Les seules retombées visibles à l’œil nu pour le moment, ce sont les longues files d’attente autour des stands de rationnement de la vente de maïs, les scènes de détresse dans les centres de santé, les suppressions de repas dans de nombreux foyers, la cure drastique imposée au panier de la ménagère.

On peut remarquer la ténacité de l’instinct de survie de nos princes en ce qui concerne leur fameux sens du sacrifice servi en direct à la télévision à l’occasion du forum national sur la vie chère. Tout, sauf les salaires ! Aucun abattement sur les 1,7 millions mensuels pour chaque membre du gouvernement. Le porte-parole de l’équipe, un certain Alexandre Hountondji n’est-il pas l’un des défenseurs de kopeck les plus résolus sous la deuxième législature. Entente sacrée autour de la sauvegarde des droits acquis des princes. La ligne rouge en somme.

Génial tout de même qu’ils aient daigné accepter voyager en classe affaire, percevoir moins de frais de mission, réduire le nombre de véhicules affectés à un individu. Ils auraient pu (ou aurait dû) aller plus loin en remontant le temps et faire rembourser le trop perçu depuis deux ans. La gravité de la crise l’exige.

Changement ne rime pas forcément avec chevaleresque. Quel dommage ?

Par Arimi Choubadé
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