Le dernier bastion…

jeudi 24 juillet 2008 par Arimi Choubadé

La caporalisation n’a duré qu’un an. Le temps d’expérimenter la gouvernance par procurations, par accords de gouvernement et de législature non respectées, par promesses non tenues, par manipulations démagogiques. Face à une société civile enrôlée, une presse conventionnée, des rois marcheurs, des généraux au beurre, des fonctionnaires aux ordres, le parlement fait office de camp retranché. Le seul espace qui échappe à l’illusionnisme et aux coups de bluff. La seule institution capable de résister bien que son président soit tenu en laisse depuis la présidence de la République.

Les émergents souffrent visiblement à inventer l’arme fatale contre ce dernier bastion. L’allégorie du général au front à court de munitions exprimée par la voix du docteur-président est plus qu’une boutade ; un aveu d’impuissance. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir mis en place un véritable arsenal anti-conformisme : matraquage médiatique, limogeages tous azimuts d’officiers de police judiciaire trop timorés dans la répression d’opposants, distribution fantaisiste de micro crédits, clientélisme dans l’administration publique. La meute de grogneurs radiophoniques comme joker.

On peut douter de la structuration psychologique des concepteurs de cette offensive forcenée. Les députés en ont vu pire. En 2005, batteurs de pavés et autres teneurs de pancartes en ont eu pour leur endurance. Leurs vociférations sur l’esplanade du palais des gouverneurs n’ont pu empêché le vote de la fameuse loi sur l’exclusion qui devrait rendre impossible la candidature du banquier de Lomé. Idem pour les élucubrations en marge de l’étude et du vote de la révision de l’article 80 de la constitution au sujet de la durée d’une législature en 2007. A chaque fois, marcheurs, manifestants et grogneurs ont dû leur salut à des décisions de la Cour constitutionnelle – la Cour des miracles.

Entre la majorité des élus du peuple et quelques agitateurs de conscience sans mandat où se trouve la légitimité ? Il y n’y a aucune structure, aucune institution aucun groupe de pression porteur des aspirations des populations mieux que l’Assemblée nationale. Il n’y a que les députés pour apprécier l’ordre de priorité entre l’installation des conseils municipaux dans les délais prévus par la loi et une ratification d’accord de prêt. La constitution leur en donne les prérogatives. Et ce n’est pas sûr que le chantage d’une entrée en lice de l’autre joker de luxe – la nouvelle Cour constitutionnelle, celle de toutes les polémiques – fasse bouger les lignes.

Les sages ne disposent pas de moyens de contraindre les parlementaires à se rendre de force à l’hémicycle. La Cour est bien capable de beaucoup d’abracadabrances, mais on ne lui connaît pas encore la capacité de donner des consignes de vote. Le projet d’accord de prêt pourrait subir un sort plus calamiteux s’il devrait essuyer un vote négatif c’est-à-dire un rejet pur et simple. Ce ne sont pas les griefs qui manquent. La similitude du projet avec un autre expérimenté au Ghana sans succès, l’endettement incontrôlé du pays, le peu de rigueur du gouvernement du changement dans la conduite des grands travaux (les chantiers Cen-Sad abandonnés), le clientélisme dans l’attribution des marchés publics. L’avis du patron des patrons béninois, Sébastien Adjavon sur ce dernier sujet illustre parfaitement la situation.

Curieux que dans une démocratie en construction des esprits insoupçonnés recommandent au parlement de s’aplatir devant un gouvernement passé maître dans le viol des lois. Heureux que la majorité des députés ne partage pas cette vision délurée de la gestion de l’Etat.

A moins d’inventer une autre République.

Par Arimi Choubadé
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