Décrispation…

lundi 28 juillet 2008 par Arimi Choubadé

A chaque soubresaut sa lexicologie émergente. La trouvaille de la saison : décrispation, en guise de requiem pour l’« ouverture ». Un train de mondanités ponctuées de poignets de mains, d’accolades, de baisers, de sourires figés pour objectifs de caméra et de salamalecs polis. Mathurin Nago à Adja-ouèrè auprès de Séfou Fagbohoun qu’il a pourtant laissé croupir en prison quelques mois plus tôt. Les anciens présidents de la République, Zinsou et Soglo invité au palais par le chef de l’Etat – absence notable cependant de Kérékou. Le président Yayi Boni qui a son tour retrouve le chemin du domicile de « maman », l’ex-première dame Rosine Soglo. Cosmétique calculée ?

Au crédit du régime cependant, l’éteignoir de circonstances mis aux esbroufes désordonnées des insulteurs publics du gouvernement et du palais. Les écrans sont de moins en moins envahis par des ministres et conseillers du chef de l’Etat experts en grandiloquence et en arrogance. Par compensation néanmoins, les rampes sont dressées à des revanchards dont Bernard Davo et Maxim Houédjissin reconvertis dans les tirs groupés sur les anciens camarades. Aucune renonciation donc du régime à sa légendaire duplicité à l’origine de toutes les crises depuis avril 2006. Promesses faciles jamais tenues, multiplication des marchés de dupes, discours soporifiques sans contenus réels, succession de revirement.

Comme dans le cas de l’ouverture, la décrispation se veut plus un slogan qu’une solution à la crise politique. Dans un cas comme dans l’autre, le chemin pour rompre le cercle vicieux saute à l’œil. Une évidence notoire pour le docteur-président et ses fidèles mourant de soif assis sur une fontaine d’eau. Pour l’ouverture, une seule porte de sortie : l’application et le réaménagement de l’accord de gouvernement d’entre les deux tours de la présidentielle 2006. De même que pour la décrispation : l’application de la loi sur la décentralisation qui prévoit l’installation des conseils municipaux 15 jours après la proclamation des résultas des élections municipales par la Commission électorale nationale autonome (Cena).

Quelque part, le régime du changement semble avoir réussi à détourner le centre d’intérêt de la crise. Il a même fait oublier qu’il n’existe qu’une seule balle et qu’un seul camp, le gouvernement et la loi. La crispation vient du fait que le gouvernement refuse de respecter la loi. Il suffit donc d’un retour au respect de la légalité pour que survienne la décrispation. Point n’est besoin d’un pèlerinage à Adja-Ouèrè pour installer un conseil municipal à Malaville. Ce n’est pas à l’hôtel de ville de Cotonou que se prend l’arrêté préfectoral de convocation du conseil élu d’Avrankou.

Ces sollicitations tous azimuts permettent au pouvoir de faire entretenir l’illusion de l’existence d’un différend entre deux voire plusieurs camps. Ce qui, du coup, dilue le champ des pressions donnant l’impression à l’opinion que le retour à la normal ne dépend pas que du gouvernement uniquement. Au passage, une surexploitation des câlineries à l’endroit de la famille Soglo permet d’irriter leurs partenaires politiques du moment regroupés au sein de la coalition G4, G13 et Force Clé. Sous les prétextes de gestes politiques significatifs de dégel et d’apaisement, la décrispation emprunte les mêmes contours de la diversion et de cartes embrouillées.

Il n’y a rien à décrisper. Il n’y a qu’à appliquer la loi, messieurs les émergents ?

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/309-decrispation.html