Recours aux militaires

lundi 4 août 2008 par Arimi Choubadé

Le choix du régime de l’émergence ne souffre d’aucune ambiguïté. L’adulation des généraux en compensation du désamour avec la classe politique. Pendant qu’on préparait le coup de massue de l’article 68 de la constitution sur la majorité parlementaire, quelques hauts gradés savourent la bonification des nominations aux nouveaux postes de délégués militaires. La fête du 1er août se transforme en une fête des militaires. Matérialisation de ce virage sur les garnisons, la présence exclusive de deux hauts gradés sur le plateau de la télévision nationale lors du direct de la célébration de la fête nationale édition 2008. En lieu et place d’une réjouissance populaire, les Béninois ont eu droit à une démonstration de la puissance armée.

L’opinion attendait des explications franches de la hiérarchie militaire au sujet des 2 milliards de flou autour de la gestion de la construction d’écoles par le génie militaire. Le gouvernement du changement préfère servir un retour aux années lugubres de la révolution militaro marxiste. Après l’explosion démographique dans les rangs des généraux. Ces généraux qui savourent dans la foulée les rutilantes voitures de luxe mises à leur disposition en pleine crise de la vie chère. Ne parlons pas des millions dispatchés quotidiennement entre soldats au titre de la sécurisation des circuits de l’escorte de véhicules d’occasion.

Je fais partie de la frange de compatriotes qui ne parvient toujours pas à gober un traite mot de toute la littérature au sujet de la défense du territoire national à travers la nomination des délégués militaires. Des prébendes et des strapontins de circonstance ni plus ni moins. C’est clair que la menace extérieure n’existe pas. On ne voit pas encore le voisin qui manifesterait des visés malsaines sur la sécurité du Bénin. Le Togo, le Nigeria, le Niger ou le Burkina Faso ? Le seul ennemi connu au pouvoir du changement et qui nécessite la prise de mesures exceptionnelles n’est rien d’autre que la majorité parlementaire. La propagande officielle ne se lasse d’ailleurs plus de brocarder ses ténors et de monter en épingle leur apatridie.

La résurgence des délégués militaires pose un hypothèque sérieux sur l’engagement du retour dans les casernes des militaires solennellement formulé lors de la conférence nationale de février 1990. Ces cooptations ne se justifient pas par des impératifs de commandements avérés. Aucun des 6 colonels cooptés n’est affecté à la gestion d’une unité ou d’une garnison. Des obligés du chef de l’Etat dans un rôle sécuritaire dont les motivations demeurent obscures. Avec comme paravent une subtile confusion entre sécurité des citoyens et défense du territoire national.

La République a pourtant bien spécifié la marge de manœuvre de chacune de ses composantes. La criminalité est du ressort exclusif de la police judiciaire sous l’autorité des juges. Ce qui n’a rien à voir avec la défense du territoire national. Le recours à un renfort de la grande muette devrait se placer dans un cadre strict de l’activité de police normale. A moins que l’Etat-Fcbe ne désire emprunter les mêmes pistes de la traque d’opposants politiques que jadis sous le Prpb des marxistes.

La rhétorique sur la protection des frontières ne me convainc guère. Il suffit de comparer le chaos des 35 km qui séparent Djougou de la frontière togolaise à Ouaké et l’impeccable bitume entre ce même poste frontalier et la mégalopole de Lama Kara à l’intérieur du Togo pour comprendre où se situe le réel péril sur nos frontières. Des observations à répéter du côté du Burkina Faso ou tout au long de la frontière Est avec le Nigeria.

La solution n’est donc pas militaire.

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/313-recours-aux-militaires.html

Messages

  • "On ne voit pas encore le voisin qui manifesterait des visés malsains sur la sécurité du Bénin. Le seul ennemi connu au pouvoir du changement et qui nécessitent la prise de mesures exceptionnelles n’est rien d’autre que la majorité parlementaire (...)

    La résurgence des délégués militaires recommande pose un hypothèque sérieux sur l’engagement du retour dans les casernes des militaires solennellement formulé lors de la conférence nationale de février 1990."

    NB : Quelques zones sombres. Est-ce ma connaissance (plutôt limitée ) de la grammaire qui me joue des tours ou s’agit-il là de quelques, disons, coquilles ?
    Si j’attire ainsi ton attention, c’est en raison des malsaines pratiques de quelques esprits retords que la courtisanerie avilit : Quand le fond est inattaquable, on s’en prend lâchement à la forme...Tu vois ce que je veux dire !
    Pour revenir à ton édi...tôt, "Recours aux militaires" et en complément à ce qui y est dit : J’ai souligné ailleurs le mot "Paix" à pas moins de 05 reprises dans le discours du "docteur". Un signe ?