La muette qui nous écrase

lundi 4 août 2008 par Arimi Choubadé

Des pressentiments aux certitudes. Les soldats sont là, partout. Le processus électoral, les marchés publics, le gouvernement, les délégués de département, l’escorte de véhicule d’occasion. Rien ne leur échappe. Pas même la fête nationale muée en fête du 26 octobre bis. Dire qu’il y a quelques mois, j’ai subi les foudres d’une sorte de « cour martiale » pour avoir mis en garde les généraux contre une menace oligarchique. Hier plus qu’aujourd’hui, je demeure convaincu que le régime du changement fait prendre à la grande muette une trajectoire qui ne la met pas à l’abri de malsaines tentations.

L’épisode de l’île de L’été prouve à souhait que le Bénin ne gagnera ni perdra le moindre centimètre de son territoire pas les armes. La menace à l’intégrité territoriale n’existe que dans l’imagination d’une propagande en panne de nouveauté. Cotonou ne figure pas dans les destinations des poseurs de bombes et autres trancheurs de gorge ayant des revendications identitaires irrédentistes. Nous n’avons ni laboratoires secrets de fabrication d’arme de destruction massive ni base de missiles à ogive nucléaire à protéger contre d’éventuels envahisseurs.

Les braquages et autres attaques de grands bandits ne sont que des problèmes de police et non des défis militaires. En clair, pour un pays comme le Bénin, le besoin d’une armée prend de plus en plus des allures d’un luxe trop cher payé et proprement inutile. En cela, je suis d’avis avec le président Yayi Boni de les reconvertir vers des activités de lutte contre le grand banditisme. Pas en renforçant leur arsenal de guerre mais plutôt en les mutant progressivement vers des activités classiques de police sous la supervision des juges.

On est curieux de savoir ce que pensent nos partenaires de l’espace Cedeao de la fébrilité avec laquelle les émergents traitent la question de l’armée, une source d’ennuis futurs pour le pays dans un contexte d’intégration sous régionale. L’augmentation du budget de défense et les déploiements opportunistes de hauts gradés peuvent entraîner une réactivité tout autant opportuniste, prémices d’une course effrénée à l’armement, au détriment des programmes de sortie de la crise économique et de la vie chère.

N’est-il pas temps d’arrêter les frais de cette tentative effrénée de faire faire ou de faire dire des choses à la muette ? A plusieurs reprises déjà depuis avril 2006, des hauts gradés de l’armée ont dû descendre dans l’arène notamment au plus fort de la polémique sur une des étoiles du général Amoussou sans oublier les esbroufes justificatifs des retards dans l’acheminement du matériel électoral lors des législatives 2007 et des municipales 2008. En attendant la déflagration annoncée des dessous supposés ou réels autour de la facturation des écoles construites en matériaux précaires sous la houlette du génie militaire.

On ne comprend toujours pas cette démocratie qui s’évertue à se passer de sa classe politique. Au mépris des dispositions constitutionnelles qui font des partis politiques les dépositaires exclusifs de l’animation de la vie publique. Ce qui fait de la charte des partis de la paperasse servant d’essuie-pied au puissant Etat-Fcbe. Au cours de la décennie Kérékou du renouveau démocratique, le personnel politique se recrutait sur les parcs de véhicules d’occasion. Les émergents, eux, prennent le chemin des casernes et des temples.

Deux ans que la muette se bat contre son mutisme. Jusqu’à quand ?

Par Arimi Choubadé
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