Les riches employés d’un employeur pauvre

mardi 12 août 2008 par Arimi Choubadé

Vous n’avez pas idée de tous ces véhicules de riches que l’Etat pauvre du Bénin offre aux vacanciers du gouvernement du changement et à leur ribambelle de courtisans. Les abus des ministres, membres de cabinet, conseillers à la présidence, on connaît. C’est sur un plateau de télévision que le Conseiller technique du chef de l’Etat à la promotion du changement a été convaincu d’abus de véhicule officiel. Un syndicaliste lui a démontré, texte à l’appui, que sa qualité ne lui permettait pas de se pavaner avec un véhicule de fonction en lieu et place d’un véhicule de service à usage plus restrictif. La méprise n’a jamais été corrigée. Au contraire.

Ce qu’on connaissait peu, c’est la valse des secrétaires particulières, des pasteurs de l’émergence, des épouses, sœurs, demi-sœurs, cousines et maîtresses d’émergents. Cette race de dépendant excelle dans les démonstrations de puissance et de richesse chaque week-end à l’occasion des séances de mondanités partout dans le Bénin. Il suffit que l’orgie mette en situation un « caurisant » pour qu’on affiche d’interminables files de véhicules « plaques bleues » dont l’inflation a de quoi donner le tournis aux allergiques de la mal gouvernance.

A se demander si c’est bel et bien l’Etat du Bénin dont les caisses seraient exsangues, aux dires de l’argentier national, qui gratifierait sans compter certains de ses employés d’un train de vie de sultan pétrolier. De la jalousie dirait Guidibi suite à l’outrecuidance de Laurent Mètognon du syndicat des Finances en réaction aux commentaires sur ce fameux train de vie de l’Etat. Une insulte par contre pour ces crève-de-faim qui ont élu domicile à la Place de l’Etoile rouge de Cotonou en embuscade autour du stand de vente du maïs dit subventionné. Les deux Bénin qui se côtoient sans se voir – celui des émergents embarqués dans un processus d’enrichissement à vitesse V et celui de l’immense majorité des exclus du système.

S’il était question de deniers propres ou de biens patrimoniaux privés, aucun problème. Les gens peuvent aligner des grosses caisses à des funérailles ou à des mariages chaque fois qu’ils en ont envie. Mais puisqu’il s’agit de caisse de l’Etat et de ressources nationales, le plus criminel serait le silence des gens bien comme dirait quelqu’un. C’est proprement scandaleux qu’une épouse de garde du corps d’une personnalité politique puisse avoir à l’usage une voiture 4X4 d’une valeur de près de 30 millions, les salaires de 120 smicards pères de famille.

Et pourtant, on nous avait dit que le règne du banquier ne nous coûterait rien du tout et qu’au contraire il actionnerait une fois arrivée au pouvoir, ces fameux réseaux qui inonderaient le pays de devises et d’investissements. 5.000 milliards à mobiliser en quelques années. Il y a des rêves qu’il vaut mieux ne pas faire pour éviter d’avoir un réveil en gueule de bois. Jusque-là on n’a vu que les milliards dépensés en pure perte dans le coton, les voyages présidentiels, les tournées événementielles des ministres, la Cen-Sad sans oublier les gigantesques fêtes données par le docteur-président dans ces moments de communion avec le peuple.

Une question lancinante à poser cependant aux émergents : le Bénin est-il pauvre ou riche ? S’il est pauvre, que l’on retire le plus tôt possible les ¾ des véhicules de luxe du parc de l’Etat. Les incessants ballets des ministres ne se justifient pas lorsqu’on sait que l’Etat entretien à prix d’or des directions départementales des ministères et des préfectures aux quatre coins du pays. Mêmes des conseillers à la présidence vont en tournée alors que leur vocation première est de proposer au chef de l’Etat des lectures d’expert sur des dossiers à son appréciation.

La triptyque fait froid dans le dos : enrichir les proches, traquer les adversaires et appauvrir l’Etat.

Par Arimi Choubadé
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