Faites grève et mourrez, le changement s’empiffre…

mardi 26 août 2008 par Arimi Choubadé

Je m’excuse pour ce slogan barbare dont le cynisme évoque chez certains béninois de douloureux souvenirs ; tous ces anonymes qui ont payé de leur vie le dramatique bras de fer entre travailleurs et gouvernement. Centres de santé, cours et tribunaux désertés laissant patients et usagers dans le désarroi. Au même moment où nos princes ont choisi de se donner du bon temps, le temps de pouvoir jouir des fruits des nombreuses rapines qui rythment la gestion des émergents. Des vacances de princes en pleine tempête sociale : vie chère, grève à la santé et à la justice. Le changement qui vire à une compétition de cynisme entre acteurs sociaux.

Qu’on ne s’y trompe point. Le docteur-président garde bien le cap imprimé depuis le 06 avril 2006. La traduction de la vision personnelle qu’il incarne étale toute sa splendeur. Une vision monoplace qui n’accorde aucun espace aux autres Béninois. L’émergence ne semble avoir besoin de personne. Tout le monde peut donc rester à la maison : sages-femmes, infirmiers, enseignants, personnel judiciaire, y compris députés, maires et conseillers communaux. La vision présidentielle a omis de les insérer dans sa marche irrésistible. Les morts des hôpitaux pour grève du personnel de santé ; le drame des prisons engorgées et des décisions de justice en souffrance pour cause de grève du personnel judiciaire non magistrats ; les écoliers, élèves et étudiants en divagation pour cause de grève d’enseignants. Des dommages collatéraux sans gravité.

Admirez le plaisir qu’éprouvent les courtisans du régime à surfer sur les meurtrissures de la population en misant sur une éventuelle responsabilité des grévistes. Gouvernance sans conscience. La santé publique, la justice et l’éducation constituent les fonctions essentielles d’un gouvernement. Celui de Yayi est unique responsable de la panne des hôpitaux, écoles et tribunaux. C’est lui qui a la charge exclusive du fonctionnement de l’Etat. L’Etat agit sur les citoyens par l’entremise de Azoua, Théophile Dossou, Montéro et camarades sous contrat. Tout programme de gouvernance publique qui ne tient pas compte d’eux n’en est pas un.

Un caricaturiste émérite du régime parlait de brasseur d’air (ventilateur). On pourrait ajouter « brasseur de crises ». Comme toute gouvernance sans boussole, le Bénin est réduit aux soubresauts et aux agitations. Un pouvoir constamment sur la défensive. Les seules initiatives qu’on lui connaît sont celles basées sur la provocation et les incidents. Ce qui relance le débat sur l’existence d’une déclinaison programmatique de l’action gouvernementale étalée sur le mandat. Un tel dessein bien mûri et bien expliqué aux concitoyens aurait pu éviter les actes désordonnés à l’éducation nationale, à la santé, à la justice, dans les casernes, dans l’agriculture…

Les agents de l’Etat béninois doivent se munir d’une bonne dose de patience. Eux qui ont été payés en monnaie de singe malgré la trêve accordée aux émergents à leur installation. Leurs collègues de l’Etat-Fcbe ont visiblement pris une longueur d’avance sur eux. Aucune revendication syndicale ne mérite d’être satisfaite si elle n’émane des agents de l’Etat-Fcbe. Enrôlement forcé des « patriotes » dans la fonction publique, augmentation des salaires de ministre de 250%, achat de véhicules haut de gamme aux généraux, triplement des émoluments pour conseillers et chargés de mission, véhicules officiels pour pasteurs et autres encadreurs spirituels de la République.

Azoua, Théophile Dossou, Montéro, vos grèves les font grossir.

Par Arimi Choubadé
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