Une rentrée en pierre…

jeudi 28 août 2008 par Arimi Choubadé

Un retour de vacances tambours battants. Le suspense n’aura duré que le temps de défaire les valises. Aux malades privés de soins pour cause de débrayage dans les centres de santé et hôpitaux, le pouvoir propose un échangeur à la hauteur de Godomey. De quoi noyer ses angoisses et ses peurs dans les airs. Un remède du docteur-président après son sabbat parisien. La cérémonie de pose de première pierre n’a rien dérogé à la règle mégalomaniaque. Tapis rouge, honneurs militaires, l’aréopage institutionnel sous contrôle au grand complet, quelques diplomates et surtout la retransmission en direct sur la chaîne nationale. Le pouvoir du changement n’arrive visiblement pas à se passer de ce recours aux ambiances foraines teintées de ferveur populaire en live.

Les responsables de l’intersyndicale du Centre national hospitalier universitaire Hubert K. Maga pensaient offrir le meilleur accueil au chef de l’Etat à son retour de vacance à travers un bruyant sit-in de bienvenue à l’entrée de la présidence de la République. En rappelant à ses souvenirs que trois semaines durant les bistouris, stéthoscopes et autres scalpels sont rangés dans leur étui. Les blouses blanches n’ont été sorties que le mardi 26 août pour la manifestation de circonstance. Au grand dam des patients qui continuent de broyer du noir pour, certains d’entre eux encore habités par le souffle de vie. Malheureusement, le docteur-président n’a pu savourer le concert de chants et de danses qui rythment les sit-in des travailleurs béninois.

On n’ose pas penser que le pouvoir a voulu donner une réplique en « pierre » au triste spectacle des portes closes dans les hôpitaux. Durcissement garanti de la part des grévistes suite à la funeste représentation d’insensibilité organisée au nom de la République à Godomey autour d’une pierre. Pas sûr que la victimisation médiatique des malades change le cours du drame qui se joue à travers la grève du personnel paramédical. La mobilisation perdure malgré les décomptes macabres de patients ayant passé l’arme à gauche et dont la propagande se délecte chaque jour. Or tout le monde sait qu’avec ou sans grève, nos centres de santé ont toujours été comparés à des mouroirs. Même si on ne poussera pas le cynisme jusqu’à son paroxysme en se réjouissant de la cessation des soins d’une si mauvaise qualité.

Ce n’est hélas ! pas les infirmiers ou les greffiers qui établissent les priorités de l’Etat béninois. Si le chef de l’Etat avait daigné rendre visite aux manifestants du Cnhu, il se serait rendu compte que les malades désemparés en attente d’une mort certaine méritent 100 fois plus la solennité et la solidarité nationale que cette vulgaire pierre de l’échangeur de Godomey. Curieux qu’il ne s’est trouvé aucun des convives de cette représentation d’indécence qui puisse réclamer un sursaut en faveur du dégel de la tension sociopolitique qui rapproche chaque jour un peu plus le Bénin du précipice. Tous des spécialistes de la nage en eux troubles du genre : « les infirmiers s’agitent, les princes s’amusent ».

Le quartier latin de l’Afrique prend visiblement des allures d’une jungle remplie de chiffonniers qui ne savent plus jusqu’où il faut aller dans la confrontation. Le gouvernement essaie de masquer son oisiveté à travers les maladresses et les provocations. Ces contradicteurs (syndicats, députés) répondent par la mise en panne du fonctionnement de l’Etat. Pauvre de la nation-Bénin. En être réduit à sacrifier ce qui fait sa richesse, la paix et l’unité nationale sur l’autel de l’arrogance d’une gouvernance hasardeuse…Le ver s’est couvert d’habits du changement pour entrer dans le fruit.

On était prévenu !!!

Par Arimi Choubadé
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