Les faiseurs de paix sont des faux…

jeudi 4 septembre 2008 par Arimi Choubadé

La chorale émergente a embrayé dès le lendemain du coup de force à la mairie d’Abomey-Calavi. Morceau choisi : appel au calme et à l’union de tous autour du développement et de la démocratie. Scénario désormais classique depuis avril 2006. Le docteur-président casse tout sur son passage. Les autres n’ont qu’à subir au nom de la paix et de l’unité nationale. En première ligne de la campagne douce d’endormissement, les célébrissimes « grogneurs », des sortes de crieurs publics des temps modernes qui bénéficient d’un médium hyper performant, les radios diffusions sonores en lieu et place des traditionnels gongs et les porte-voix de fortune.

Personne ne tente d’arrêter celui qui entreprend de scier l’arbre commun sur lequel tout le pays est assis. Tandis que des tonnes d’initiatives sont déployées à l’endroit des victimes de la folie dictatoriale. A peine si on n’exhorte pas les gens à renoncer à leurs droits légaux juste pour assouvir les fantasmes d’un régime en roue libre pratiquement la ruse et la triche dans l’application de la loi. On retrouve beaucoup plus du Machiavel que du Montesquieu dans le drame que vit le Bénin de Yayi Boni. La séparation des pouvoirs avec son sacro-saint principe du pouvoir qui arrête le pouvoir ? Des conneries. Le Changement respire plutôt à travers une confusion voire une concentration des pouvoirs au profit du messie promis.

La démocratie commande aux acteurs de la vie publique d’avoir des convictions et de se battre pour les faire triompher. Bien entendu, sur la base de l’Etat de droit, en conflit ouvert avec l’Etat de fait ou le fait accompli. Yayi Boni ne détient pas de responsabilité unique dans la construction du Bénin nouveau tel qu’esquissé au sortir de l’hôtel Plm Alédjo en février 1990. Cette responsabilité est partagée par tous les protagonistes du destin commun. Si le gouvernement choisit de violer les lois de la République lors de l’installation du conseil communal de Calavi ou d’ailleurs, il est d’un impérieux devoir national de lui opposer une résistance à la hauteur de la forfaiture. Léhady, Bada et Quenum peuvent changer de métier s’ils ne sont pas capables d’imposer le respect de la volonté populaire exprimée à travers les candidats de leur parti, la Rb dans la commune d’Abomey-Calavi. Descendre dans les rues est tout sauf un tabou pour tout combattant de la liberté et du droit. Si le peuple de Paris n’avait pas accepté de battre les pavés, la bastille n’aurait pas été prise en 1789. L’histoire du monde libre aurait certainement pris une autre trajectoire.

Les « grogneurs » pompiers pensent n’avoir rien d’autre à perdre que les frais de téléphone largement amortis par les intéressements proposés par les émergents pour la circonstance. Par contre, le pays tout entier risque gros dans le processus de déstructuration de la légalité amorcé par le gouvernement de Yayi Boni. La dénonciation passive n’a aucun impact sur déchéance intellectuelle des courtisans du régime. Comme ce ministre de la décentralisation, Démolé Moko, qui passait pour un brillant administrateur civil il y a quelques mois, et qui se transforme en un instrument de violation massive de la loi. Un coup contre le Prd à Avrankou, un autre coup contre la Rb à Calavi ou encore un coup contre l’Upr à Malanville. Faire le vide autour de la pensée unique, celle de l’Etat-Fcbe. Cela mérite bien un sursaut. Personne n’a le monopole du patriotisme surtout pas ceux qui ne connaissent du pouvoir que les délices et les caprices.

« Voici venir le moment de se ceindre les reins comme un vaillant homme » dirait Aimé Césaire.

Par Arimi Choubadé
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