Dominer par la force ou dominer la force ?

dimanche 7 septembre 2008 par Arimi Choubadé

Abomey-Calavi, objectif militaire. Tout l’arsenal de la défense et de la sécurité nationales en revue : forces spéciales de police, de gendarmerie, garde présidentielle, agents des renseignements généraux.... Autour de l’élection d’un maire. Le docteur-président n’en finit pas de découvrir et de redécouvrir les vertus de la force brute. La cavalerie comme réponse à la moindre contradiction de politique interne. La terreur et la traque d’opposant devenues les remèdes absolus à l’oisiveté des généraux. L’armée nationale tournée contre les douaniers, les agents de micro-finance, les élus locaux, les partis politiques, les militants des droits de l’homme.

L’ancien ministre de la Défense, Pierre Osho recommandait pourtant, il y a peu, aux détenteurs de la force publique de réfléchir par quatre fois avant d’en user. Une exhortation sibylline aux princes qui nous gouvernent à apprendre à dominer le pouvoir que le peuple leur a confié et au lieu d’être à la traîne de ce même pouvoir. Cette sagesse des gens forts gracieusement distillée par « un retraité en retrait des affaires publiques » aurait dû éviter aux émergents de vider la poudrière nationale pour si peu. La boulimie du pouvoir absolu et total a pris le dessus. Dévoilant les tares congénitales d’un régime bâti sur du mensonge, de la manipulation et la ruse.

Les casernes sont littéralement éventrées laissant les hauts gradés aller à l’assaut de la vulgarité, de la vénalité et de la compétition politicienne. La neutralité de l’armée béninoise se conjugue désormais à l’aune du transport de matériel électoral, du dénigrement de députés par des officiers supérieurs, les brimades sur des élus locaux opposés à l’Etat-Fcbe, la traque d’un général à la retraite remonté contre les dérives dictatoriales, la distribution d’affiches dans le sillage des cortèges présidentiels durant les campagnes électorales, les marchés publics. Tout opposant au régime devient automatiquement un objectif « militaire ». Une démesure qui ne connaît aucune limite. Les émergents seraient installés sur les bords des Champs-Élysées qu’ils n’hésiteraient pas à actionner le fameux « bouton rouge » de déclenchement de l’arme atomique contre Ségolène Royal, Bayrou et autres empêcheurs de violer les lois de la République en rond.

On peut comprendre que vu d’ailleurs, les gens s’étonnent que la mairie d’Abomey-Calavi tombe ainsi dans l’escarcelle de l’Etat-Fcbe malgré le désaveu populaire. Juste parce que ceux d’en face, c’est-à-dire la classe politique traditionnelle, tiennent encore à la légalité républicaine, celle de la vertu du suffrage universel au détriment de la démocratie au bout de la force armée. Cette classe politique dite « vieille » par la propagande du Changement et qui ne se résout toujours pas à emprunter les sentiers tortueux des affrontements sanglants et de la révolte violente. Donnant encore au fameux modèle béninois une existence virtuelle.
Comment ne pas donner raison aux Béninois très mélancoliques vis-à-vis de ce que reste de l’exaltation d’une liberté retrouvée vécue à l’issue des assises de la conférence nationale de février 1990.

Compter sur les « patriotes » inspirés de l’exemple du Gbagbo-Land pour garantir à la paix au Bénin une certaine longévité n’est pas faire preuve d’une grande lucidité dans le contexte du Changement. Ces patriotes ont largement démontré de quoi ils sont capables à la douane, dans l’enseignement, à la santé, dans les communes sous contrôle de l’Etat-Fcbe, dans les cours et tribunaux : la pagaille et le trouble.

Le pire est à proximité…

Par Arimi Choubadé
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