De la laïcité au proxénétisme d’Etat…

mercredi 17 septembre 2008 par Arimi Choubadé

Le nouvel ordre religieux au Bénin selon saint Thomas. En tête et au coude à coude, les religions importées : le christianisme et l’islam. Viennent ensuite les religions traditionnelles. Hiérarchisation signée régime de l’émergence à travers sa grille de subventions aux cultes religieux. 125 millions chacun pour les deux premiers classés (chrétiens et musulmans) et 100 millions seulement pour le reste (les religions traditionnelles). Au pays du vaudou. Si ce n’est du blasphème cela y ressemble étrangement. Les encadreurs spirituels du chef de l’Etat ont encore frappé un grand coup. Ils ne pouvaient s’accommoder de voir des monothéistes placés sur le même pied d’égalité que de vulgaires gens qui croient en des divinités multiples et variées. Le message ne souffre d’aucune ambiguïté. « Chers Béninois si vous souhaitez avoir beaucoup d’argent, choisissez le christianisme ou l’islam ». Tant pis pour les excentriques qui seraient intéressés par le bouddhisme, le shintoïsme, le judaïsme et consorts. Pire, les milliers d’autres qui ont perdu toute foi n’existent tout simplement plus pour le gouvernement du Bénin. Un assassinat en règle de l’article 2 de la constitution sur la laïcité puisque le gouvernement des croyants a pris la place du gouvernement du peuple.

Je parie qu’il a fallu batailler dur pour faire admettre aux évangélistes de la Marina d’accepter que le Christ partage le même piédestal que Mahomet. On connaît les susceptibilités des princes du Proche-Orient vis-à-vis des régimes reconnus coupables d’irrévérence envers la religion du saint Coran. Quelqu’un a dû leur souffler (aux encadreurs spirituels) qu’un mauvais classement de l’islam pouvait compromettre de nombreux projets comme les milliards attendus de l’Arabie Saoudite afin de lutter contre l’érosion côtière sans oublier les ristournes espérées du colonel libyen dans le cadre de la Cen-Sad. La très grande sensibilité de ces encadreurs spirituels vis-à-vis de la chose sonnante et trébuchante est de notoriété publique. Rien que pour cela, le purisme et la suprématie de la bible peuvent être mise entre parenthèses.

Et puis, passé l’effet d’annonce, il est toujours loisible de tronquer les millions en question contre quelques boites de conserve, du sucre, du lait. L’honneur est sauf pour les musulmans et les poches pleines pour les émergents. Un tour de passe-passe avec quelques imams soudoyés permet de donner de la matière à la propagande. Le gouvernement pavoise déjà d’avoir eu l’idée juste dans la redistribution de la richesse nationale autour d’une rhétorique fortement teintée de démagogie. « C’est mieux de donner de l’argent à ceux qui oeuvrent pour la paix à travers les célébrations de culte plutôt qu’aux syndicalistes toujours insatisfaits et aux journalistes trop instables ».

L’aspect le plus révolutionnaire de cet exercice de classification des religions est la proclamation par le gouvernement Yayi que le Bénin n’est plus ou n’a jamais été la terre du vaudou. Le culte des ancêtres se fait visiblement coiffé au poteau par le christianisme et l’islam lorsqu’on scrute l’ordre des grandeurs suivi lors de l’octroi des subventions. Si seulement, le régime du Changement pouvait savoir le tort causé au rayonnement du pays du fait de cette déclassification malheureuse du vaudou considéré à juste titre comme le principal apport du Bénin à la civilisation de l’universel. Pourtant toutes les statistiques dont devrait normalement disposer le pouvoir mettent largement en tête (en nombre) les adeptes des religions traditionnelles. Ceci ne tient pas compte des nombreux syncrétistes tapis au sein même des encadreurs spirituels qui, la nuit, courent les couvents après leurs sermons enfiévrés devant les fidèle dans la journée.

Vive le gouvernement des croyants !!!

Par Arimi Choubadé
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