La dictature de l’Anc ?

mercredi 24 septembre 2008 par Arimi Choubadé

En quoi l’hégémonie d’un parti crédité de 70% du suffrage universel est-elle dictatoriale ?
Incroyable la foultitude de spécialistes autoproclamés des mœurs politiques sud-africaines littéralement déchaînés au lendemain de l’annonce de la démission de Thabo Mbeki. Normal qu’une passation de pouvoir aussi spectaculaire passionne et inspire le monde entier. Ce qui se comprend le moins se sont les discours abracadabrants de ces liseurs d’avenir qui prédisent la catastrophe pour le pays de Mandela au motif que la démocratie souffrirait de la trop grande influence de l’African’s national congress (Anc). Même le charismatique prix Nobel de la paix, Desmond Tutu n’a échappé à la vindicte internationale contre le parti historique sud-africain. Crise de jalousie passagère ou paranoïa irréversible ?

Le champ de vision des hérétiques inconsolables des années Mbeki est certainement très étriquée. Sinon ils auraient compris qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Un an à peine avant le séisme politique au cap de Bonne-Espérance, une révolution de palais interne a hissé à la tête du gouvernement anglais, Gordon Brown en remplacement de Tony Blair sans que personne ne crie à la dictature du Labour. Au Mexique, un même parti, le Parti révolutionnaire institutionnel (Pri) a régenté toutes les institutions du pays sans discontinuer durant plus de 70 ans. On n’imagine quand même pas que les Etats-Unis d’Amérique ont pu accepter une dictature à leurs portes durant près d’un siècle, sans réagir. Les donneurs de leçon à propos du cas sud-africain se gardent bien de dire comment on fait lorsqu’on est un parti plébiscité comme l’Anc. Je n’ai, personnellement, pas souvenance avoir entendu un parti se saborder pour renonciation à une prétendue hégémonie.

Aucun danger ne pesait sur la démocratie lorsqu’un président de la République limoge son vice-président sans raison objective et tente de tordre le cou à une pratique établie depuis l’époque Mandela en militant ouvertement pour la mise à l’écart d’un concurrent trop encombrant. Il est utile de rappeler Mandela a cédé sa place à son dauphin au bout d’un seul mandat sans chercher à lui envoyer les juges le disqualifier. Par contre, il y aurait danger parce que l’auteur d’une tentative de manipulation de la justice à des fins politiques – qui plus est chef de l’Etat, chef du gouvernement et président du parti le plus influent du pays – écope d’une sanction politique à la hauteur du forfait : la démission. Une impunité comme on en aime dans les démocraties tropicalisées africaines aurait certainement permis de conforter le règne sans fin des patriarches irresponsables et inamovibles. Le parti de Mandela en a décidé autrement. Etre une nation arc-en-ciel et première puissance continentale exige des responsabilités autres que la « bamboulisation » des mœurs politiques.

C’est admis que le côté explosif, populiste voire fantasme du successeur désigné de Mbeki, suscite quelques appréhensions. Mais il n’y a rien de plus sot qu’une extension hallucinante avec les frasques du chef zoulou Mangosutu Bouthelezy. Ce dernier fut un allié objectif du régime d’apartheid qui a fait de lui un potentat à la tête d’une enclave semi autonome non reconnue par la communauté internationale. Sa milice a fait régner une terreur exceptionnelle dans les townships et à Soweto. Pendant ce temps Mandela, Jacob Zuma et beaucoup d’autres payaient le prix fort à la lutte pour la libération du peuple noir dans les geôles obscurs du pouvoir blanc. Mbeki a payé pour une faute dont il est reconnu coupable aussi bien par les juges assermentés que par ses camarades de parti. L’intéressé lui-même en a tiré les conclusions tout en évoquant une erreur d’appréciation. Les erreurs judiciaires, le monde en compte par milliers sans que cela ne donne lieu à une dictature ou à l’apocalypse.

Bye bye Mbeki !!!

Par Arimi Choubadé
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