La bonne excuse de Yayi…

jeudi 25 septembre 2008 par Arimi Choubadé

Ça ne marche pas, la machine Bénin, dites-vous ? Les boucs émissaires ne sont pas à chercher trop loin : la faute à ses apatrides de la vieille classe politique qui refusent d’entrer au gouvernement. L’alibi imparable. Immobilisme caractérisé de l’impasse du remaniement ministériel, paralysie de l’administration publique secouée par des grèves perlées, régression des opportunités d’affaires ou défection des investisseurs privés ? Le docteur-président n’a rien à y voir. Il serait d’ailleurs très affecté par ce blocage. Bizarre, cette manière de montrer sa grande préoccupation face à la situation sociopolitique du pays. En multipliant les prodigalités fantaisistes ! Si Yayi n’était donc pas si affecté, selon les émergents, les Togolais allaient peut-être s’en tirer avec plus que le modique paquet de 100 millions, les religieux et chefs traditionnels avec certainement plus que le ½ milliard.

Pour ma part, je scrute en vain les excentricités du régime du gouvernement Yayi et je ne vois aucun signe d’un régime véritablement inquiet de ne pouvoir assurer le gîte et le couvert aux citoyens, une rentrée scolaire normale aux petits écoliers, des soins dans les hôpitaux publics ou la justice dans les cours et tribunaux. Ce n’est également pas de moi que le porte-parole du gouvernement a emprunté l’expression « prospérité partagée » en remerciement au fabuleux bonus de 500 millions dont son département ministériel a été gratifié pour, parait-il, les redistribuer dans les lieux de cultes. En d’autres termes, cela prospère chez les princes du Changement bien que écoles, administration publique, hôpitaux, cours et tribunaux soient en panne. Le bonheur est relatif.

On en est à se demander si le cynisme ambiant ne participe pas d’une stratégie politique bien conçue. Car, qui dit formation du gouvernement dit exécution d’un programme de développement préétabli. Or, tout le monde s’accorde pour s’apercevoir que celui du gouvernement Yayi demeure invisible plus deux ans après son investiture. Les motivations de la panne simulée et entretenue au sujet de la formation du gouvernement se trouvent dans ce besoin du pouvoir de faire oublier une gouvernance qui cumule les mauvaises performances depuis avril 2006. Et ce gouvernement qui se fait désirer procède plus de cette volonté de brouiller. Malgré l’abondance de communiqués, de déclarations, et de faits de la part du front de refus, le régime continue de donner l’impression de négocier. Il s’y accroche au point de faire croire à l’opinion qu’il ne tient qu’à l’entrée de Agoua du G13, de Abiola du Madep, de Malèhossou de Rb ou de Houndété de Force-Clé dans le gouvernement pour faire réaliser la croissance à deux chiffres, les usines, les centrales électriques, les échangeurs et les autoroutes.

Les caméras tournent inlassablement sur les « efforts » de Yayi Boni destinés à donner enfin un gouvernement au Bénin. Une débauche d’énergie qui ne néglige aucun détail croustillant à l’instar des affichages du N°2 du régime, Kogui Ndouro parti dénicher l’image rare jusqu’en Afrique du Sud au prix d’une compassion-spectacle au chevet de la doyenne d’âge du parlement. Parallèlement aux négociations télévisées, des snipers en mission sont chargés de prendre pour cible les prétendus futurs partenaires. A chaque fois que l’on semble proche d’un accord, il suffit qu’un Gbêgnonvi, un Adrien Ahanhanzo Glèlè, un Davo ou n’importe quel autre insulteur public se mette à table sur une chaîne de télévision pour tout remettre en cause. De sorte que l’excuse de l’immobilisme ne garde toujours sa raison d’être.

Ah, ces blocages qui font tellement du bien !!!

Par Arimi Choubadé
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