Du général policé au banquier policier

lundi 29 septembre 2008 par Arimi Choubadé

Admirez les prises de l’Etat-Fcbe : direction général de la douane, celle du Padme, mairies d’Abomey-Calavi, de Covè et bientôt d’Avrankou, de Sèmè-Kpodji, de Kétou, de Malanville et de Matéri. De véritables exploits de guerre obtenue grâce aux uniformes et aux fusils. La puissance militaire entre progressivement dans la compétition politique interne. La menace à l’intégrité territoriale et au fonctionnement des institutions de la République n’est plus nécessaire pour solliciter les casernes sous le régime du Changement. Dès que la mouvance présidentielle perd pied quelque part, la troupe est rappelée en renfort, toutes armes dehors.

Les pré positionnements de soldats aux abords du palais des gouverneurs de Porto-novo au moment où la majorité parlementaire refusait de souscrire à la ratification des accords de prêt consécutifs à la lutte contre l’érosion côtière. Les levées de contingent afin d’atténuer les effets des grèves dans l’enseignement et dans la santé. Le dissident de la Renaissance du Bénin qui bénéficie d’un quadrillage massif de para commandos lors du congrès constitutif de son nouveau parti au stade de Goho à Abomey. Des conseillers du chef de l’Etat escortés par des détachements entiers de militaires dans les rues de Cotonou comme à Mogadiscio ou à Bagdad. L’impératif de sécurité classique a fondu devant l’impératif militaire. L’armée est conviée à des tâches de simple police alors que le pays ne connaît ni rébellion ni terrorisme ni séparatisme. Paradoxalement, braqueurs et malfrat violent, volent, pillent pendant que les adversaires politiques sont quadrillés comme des cibles de guerre.

Le basculement qui n’a pu se produire sous le règne du général se réalise à l’ère du banquier-président. Pas la peine de se poser des questions sur l’identité des ennemis contre lesquels la force militaire est constamment sous pression. Il ne s’agit pas d’envahisseurs barbares venus de l’extérieur mais d’apatrides qui empêchent l’Etat-Fcbe de régenter tout sur son passage ; de contrôler toutes les institutions politiques, financières, administratives, traditionnelles du pays ; de faire le lit au totalitarisme. Plus que le suffrage universel, la force militaire fait désormais office de légitimité chez les émergents.

Les vraies interrogations portent sur l’évolution de cette logique de la politique du muscle et de la baïonnette qu’affectionnent les idéologues de la Marina. Sûr qu’on ne restera pas constamment à l’étape de la psychose et de l’épouvante. Cette tendance du régime à éprouver tout le temps les limites du supportable porte des germes d’une déflagration imminente. Il suffit d’une étincelle. Personne ne connaît le moment où un doigt peut malencontreusement trembler sur la gâchette. Le coup de force de Calavi aurait pu dégénérer. Les accusations de violences et de voies de fait de certains conseillers municipaux à l’encontre des chefs de brigade de gendarmerie de Godomey et d’Abomey-Calavi illustrent bien la proximité avec le danger cultivé à dessein.

La provocation est là, permanente, arrogante, indécente. Elle n’attend que la moindre réplique pour exploser. Il suffit d’une banale crise de nerf d’un para commando trop longtemps exposé aux dards du soleil pour qu’une simple altercation se transforme en un bain de sang. Les jalonnements de la garde présidentielle qui ont endeuillé de nombreuses familles béninoises depuis 2006 constituent des indications assez instructives sur les conséquences de cette manie à jouer avec la puissance de feu de soldats démotivés, surexploités, instrumentalisés.

Retour au casernement pendant qu’il est encore temps.

Par Arimi Choubadé
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