Les soldats du rempilage

mardi 14 octobre 2008 par Arimi Choubadé

En 2006, la vague cauris ne trouvait rien de mieux que le docteur-candidat pour épargner au pays l’apocalypse promise par les partisans de la révision de la constitution et d’un éventuel règne à vie du général Kérékou. A mi-parcours, Banikoara, Adjohoun, Lalo, Djidja, Toucountouna… sombrent dans la pénurie, la faim et l’incertitude du lendemain pendant que les courtisans comptent et recomptent dans les bureaux obscurs de la Marina leurs avoirs bancaires. On n’hésite pas à se passer quelques recettes sur les filières de placements de fonds pour ceux qui ne sont pas débordés par leurs multiples chantiers d’immobilier. La période d’incertitude financière au niveau des paradis fiscaux traditionnels d’Europe, d’Amérique et d’Asie oblige d’autres à recourir aux vieilles habitudes de stockage de billets de banque dans les arrière-cours ou les garçonnières de secours. Une course effrénée vers la fortune qui fait rage au sein de la dream team, la machine qui devrait mener le Bénin vers le paradis en l’espace de 5 ans.

Et ces hypocrites de Béninois qui feignent de découvrir subitement ces besoins boulimiques des acteurs principaux du Changement vis-à-vis des deniers publics. Comment pensent-ils que l’Etat-Fcbe puisse supporter la bataille pour le rempilage de leur champion en 2011 ? L’entretien de l’armée née le 03 juin 2008 et qui s’est brillamment illustré dans le contrôle de 24 communes, la motivation des marcheurs, l’organisation de meetings de soutien, l’achat de conscience des électeurs et des membres de la Cena et de ses démembrements, le conditionnement des membres des autres institutions. La coordination de tout cela nécessite un apport considérable d’argent. Sans perdre de vue qu’il importe aux émergents de s’assurer leurs arrières en prévision d’un probable désenchantement en 2011.

Désolé pour les accrocs de nouveauté qui espéraient une autre approche du régime du Changement dans sa quête d’une longévité au pouvoir. Le recrutement de l’Etat-Fcbe ayant mis le grappin essentiellement sur le débauchage de militants de la « vieille » classe politique, on se doutait bien de la faculté d’innovation qu’on pouvait y espérer. L’alliage entre anciens architectes du Bénin du futur (Mathieu Kérékou) et anciens disciples de Nicéphore Soglo n’offre pas beaucoup de marge de manœuvres. Précisons que tout recours à la période Soglo est proscrit vu comment hercule s’est fait virer de la Marina malgré qu’il a remis à flots le bateau naufragé et réalisé les célèbres travaux de géants.

Retour donc à l’unique modèle Kérékou fait de l’enrichissement des proches, du contrôle de la filière de l’escorte des véhicules d’occasion, du rançonnement des opérateurs économiques. Les émergents y ont ajouté l’armée du 03 juin, le gaspillage des ressources publiques, l’enrôlement au sein du personnel politique des trafiquants de produits pétroliers, la ruse à travers les multiplications de procurations aux élections, la terreur, l’instrumentalisation des forces armées, le régionalisme et la dictature de la rue. Aucun espoir de voir le régime du Changement envisager un bémol à la prédation entreprise par ses propres princes. Les exploits des nouveaux riches sont si criards que personne ne peut imaginer un seul instant qu’on n’en sait rien au sommet de l’Etat-Fcbe. Le docteur-président a conscience de la difficulté à passer en force en 2011 sans bilan convaincant, sans le soutien de la grande majorité de la classe politique avec ses syndicats en rogne, la société civile aux abois. Les soldats du rempilage ont besoin d’être suffisamment riches et puissants. Feu vert pour le détournement en masse, les marchés publics fantaisistes.

Enrichissez-vous messieurs les princes, au nom de la longévité du règne !

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/367-les-soldats-du-rempilage.html