À rusé, rusé et demie…

jeudi 16 octobre 2008 par Arimi Choubadé

Le défilé de transfuge au cabinet du chef de l’Etat n’a visiblement pas suffit à conjurer la variabilité de l’hémicycle. Les 4 prétendus évadés du G13 plus les deux de l’Add devraient aider les 36 fidèles de Nago à provoquer le revirement de la majorité parlementaire. Sauf hémicyclone (invention personnelle du président Kérékou) ; de ce grand vent qui a fait perdre le perchoir à la mouvance en 1999 alors qu’elle disposait d’un plus grand nombre de députés supposés soutenir l’action du pouvoir à l’époque. Le docteur-président aurait dû modestement accepter de prendre des cours de climatologie parlementaire sur le palais des gouverneurs de Porto-novo qu’il se mettrait définitivement à l’abri des surprises du genre du rejet de son projet de budget remanié exercice 2008 le 14 octobre 2008. Ses ministres Sacca Lafia et Emmanuel Tiando, tous des rescapés de l’hémicyclone 1999 sont bien placés pour lui fournir de précieuses indications sur le sujet. Mais l’intrus, trop prétentieux, proclamait à qui veut l’entendre qu’il « connaissait la maison ».

La nouvelle égérie des présidentiables béninois, Célestine Wètohossou Zannou ne croit pas si bien dire en choisissant la ruse comme rime principale de la législature de Nago. Un règne de la drible, de l’insincérité, des engagements non tenus, des retournements d’alliance et des procurations. Sur le même tempo que ce projet de budget remanié exercice 2008 envoyé en fichier attaché aux députés sans note explicative, sans orientation et sans aucune forme de vulgarisation des nouvelles options auprès de l’opinion. Motus et bouche cousue les motivations du gouvernement du Changement. Rien également sur le retard du texte. Alors que l’un des défenseurs du régime, bizarrement aussi défenseur des consommateurs, Romain Abilé Houéhou ne rate aucune occasion de vanter l’anticipation supposée de Yayi Boni qui aurait pris les premières mesures contre la vie chère depuis la fin de l’année 2007, longtemps avant beaucoup de gouvernements africains, parait-il. Pourquoi alors avoir attendu près d’un an après soit la fin 2008 afin de songer à un remaniement du budget ? Même au sommet de sa médiocrité, l’équipe de Kérékou prenait le soin d’exposer publiquement les enjeux des remaniements de budget déjà dans le compte rendu du conseil des ministres transmettant le projet de budget rectificatif à l’Assemblée nationale.

Parlant de ruse, de nombreux députés n’ont pas eu besoin de forcer leur compétence pour se rendre compte d’un vaste champ de dissimulation et de fantaisie à travers le texte soumis à leur étude. Ceci explique la tentative de passage en force orchestrée par le perchoir et ses amis. Tout était mis en œuvre afin de réduire le temps d’investigation et d’analyse des représentants du peuple. D’abord cette fausse absence de secrétaire parlementaire à l’ouverture de la session, ensuite la volonté de ne pas respecter le délai constitutionnel entre le dépôt du rapport de la commission des Finances et son étude en plénière, pour finir la suspension de séance injustifiée alors le vote était déjà engagé. De grotesques pièges de la ruse, eux aussi victimes de la ruse d’en face.

Comptant sur les opérations de débauchage et d’infiltration de la coalition des adversaires, le régime était sûr de tenir le bon bout. Avec de recevoir sa rouerie comme un boomerang en pleine figure. 42 voix contre 40, à main levée s’il vous plait. Personne ne sait ce qui aurait pu se passer si le vote avait été secret surtout avec les grogneurs silencieux tapis au sein de la nébuleuse Fcbe, et qui n’osent pas franchir le rubicond publiquement à l’instar de l’inconstant Roger Gbêgnonvi.

Les autres ne sont souvent pas ce qu’on croit qu’ils sont…

Par Arimi Choubadé
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