Le mauvais rêve

mercredi 22 octobre 2008 par Arimi Choubadé

C’est dans une des admirables langues béninoises qu’on entend souvent que lorsque l’on ne sait plus là où l’on va, il vaut mieux retourner sur ses pas. Plus de deux ans et demi qu’ils s’enfoncent dans le gouffre de l’enrichissement accéléré, obsédés par leur stature antérieure faite de privation et de rareté pour certains ; trop heureux d’avoir enfin accès à la richesse nationale. Difficile de se retenir devant les possibilités énormes qu’offrent le pillage de la République. Une véritable compétition vers la jouissance, la mégalomanie, l’arrogance, la débauche et le recèle. Le corps d’abord, l’âme après.

Si un ancien magistrat, ancien garde des sceaux, ancien président de la commission des lois à l’Assemblée nationale et député depuis 4 législatures prédise la Haute cour de justice aux patrons du régime, ce n’est certainement pas pour rigoler. Cela ne change pas une autre réalité qui donne à un mandat présidentiel une durée de 5 ans. Yayi Boni et son équipe dispose donc de la moitié de cette durée pour continuer à faire célébrer des fêtes nationales du 1er août à 3,5 milliards de f Cfa, des villas présidentielles à 500 millions l’unité, 105 milliards de voyages présidentiels en moins de 8 mois, des réfections d’infrastructures estimées à deux fois leurs coûts de réalisation, etc… Le tout dans une impunité totale. Lorsque adviendrait éventuellement une alternance, les entailles seraient si abyssales qu’il faudrait bien des décennies pour les combler.

Après tout, ces actes attentatoires à la prospérité économique et à l’héritage de la postérité sont le fait de Béninois. La stratégie de la critique juste semble n’avoir aucun effet. Pourquoi ne pas recourir à ce qui leur reste de loyauté vis-à-vis de cette nation qui leur a tant offert ? La stabilité, la paix, la joie de vivre, la démocratie et la liberté. Il y a encore de la place à un revirement. Même le défaut de programme ne constitue pas un handicap insurmontable pour le régime Yayi. Les actes de la conférence nationale et les états généraux sectoriels organisés depuis 1990 sont toujours disponibles et éclairent suffisamment sur les orientations générales du développement voulu par l’ensemble des Béninois à travers leurs délégués aux assises de février 1990.

La magnanimité légendaire des Béninois devrait faire le reste. C’est bien dans ce pays qu’après avoir été caillassé, le grand camarade de lutte, le général Kérékou s’est offert un bonus de 10 ans sous le renouveau démocratique cumulé avec ses 18 ans de marxisme-léninisme. Le banquier-président pourrait aussi solliciter des circonstances atténuantes, eu égard à son cursus. On ne peut lui reprocher sa méprise du fonctionnement de l’administration publique, lui, qui n’a jamais connu ne serait-ce qu’un cabinet ministériel. Une expérience à la présidence de la République certes mais en tant que conseiller, dans la pure tradition de l’orthodoxie administrative comme on l’a vécu sous la présidence de Nicéphore Soglo, c’est-à-dire un cadre de conception strictement tenu à l’écart des intrigues d’appareil.

Aujourd’hui, la question se pose de savoir ce que le Bénin gagnerait dans un écrasement d’un camp vis-à-vis de l’autre. L’enjeu du débat est-il dans l’espoir de faire comparaître Président de la République et ministres devant les juges ou de retourner aux fondamentaux de la bonne gouvernance ? Pour y parvenir les ergots doivent tomber. On ne se met pas dans le viseur de Reporters sans frontières, Amnesty-International, Transparency-International, Pnud et l’Ue pour de vulgaires scènes de ménages. L’heure est grave. Aux princes de l’émergence de choisir entre la fuite en avant et la rédemption.

Ils auraient été prévenus…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/371-le-mauvais-reve.html