Après l’insulteur, place au menteur

jeudi 30 octobre 2008 par Arimi Choubadé

Tokpanou n’est pas Hountondji. Le géant foncé, volontairement agressif a cédé son fauteuil de porte parole du gouvernement au frêle clair, pompeusement qualifié de pondéré par les « stars de Canal 3 ». La différence ne s’arrête pas à ces quelques traits physiques. Décor planté dès la première sortie de l’ancien Sg du gouvernement. Le G13 serait un repère de marchands obsédé par la filière d’escorte de véhicule d’occasion. Mensonge, rétorque le vice-président de ce regroupement de 13 députés, Edmond Agoua. Le changement de style ne fait l’ombre d’aucun doute. Le style Hountondji se caractérise par un vivier chaque fois renouvelé d’injures et d’une volonté farouche de heurter les susceptibilités. Quelques morceaux choisis : le « mauvais » vieillissement de Soglo, les députés farfelus (likpanon en langue fon), les suppôts de la pègre locale pour désigner Adrien Houngbédji, Bruno Amoussou et Idji Kolawolé, la vieille classe politique, l’apatridie des adversaires du Changement…Les réactions après la première sortie médiatique de Tokpanou résument le nouveau style à un seul mot : mensonge. Porte-injure pour l’ancien, porte-mensonge pour le nouveau.

Si le style Hountondji penche pour le choc frontal avec la vieille classe politique, celui Tokpanou tient à façonner l’opinion et à forger le jugement des Béninois vis-à-vis de la moralité de certains acteurs politiques notamment ceux opposés à la politique du gouvernement. Il a fallu la réactivité spontanée de Edmond Agoua pour relever quelques écueils à propos de la cohérence de la ligne d’attaque du porte-mensonge. Après dissection de la « vérité » de Tokpanou sur les dessous de la formation du 3ème gouvernement du Changement, on constate que le chef de l’Etat n’a pas contacté le G13 mais des responsables de partis composant ce regroupement. Question : lequel des responsables contactés a réclamé le contrôle de l’escorte de véhicule d’occasion ? Le président Zinsou de l’Undp ou Valentin Houdé du Fpr ? Ni l’un ni l’autre ne correspond à la stature de nostalgique des parcs de véhicule d’occasion. Pour un ancien président comme Zinsou, l’allusion peut prendre des allures d’opprobre suprême.

Tokpanou croit également dur comme fer que les responsables contactés auraient donné leur accord de principe. Les réactions des intéressés parlent d’un décalage de consentement en ce sens que l’accord en question concerne le remaniement du lendemain des législatives en 2007. Contre les procurations qui ont fait élire le bureau de Mathurin Nago à l’Assemblée nationale, le régime du Changement avait consenti à lâcher quelques maroquins au profit de ses alliés. A défaut d’un contrat d’actualité en 2008, le pouvoir a préféré faire ressortir des signatures de 2007 rendues caduques par la désormais légendaire insincérité des engagements pris par le docteur-président. On peut classer dans la même rubrique le communiqué du Madep du 23 octobre 2008 en totale contradiction avec le fameux consentement formel de Fagbohoun dont se prévaut le porte-parole du gouvernement.

Qu’on ne s’y méprenne pas sur la portée de ces différences dans le style. Ni Hountondji encore moins Tokpanou ne sauraient déterminer à eux seuls le ferment de la stratégie indépendamment de l’expertise des idéologues du palais. La brutalité du premier devrait provoquer le cataclysme destiné à pulvériser les derniers bastions de la vieille classe politique face à la furie boulimique de l’Etat-Fcbe. La subtilité du second part du constat d’échec de cette première option et entreprend de distiller à dose homéopathique des « vérités travaillées » dans le subconscient des Béninois. 2011 n’est plus tellement loin et l’électorat a besoin d’être conditionné.

La boite à mensonges ne vient que de s’ouvrir.

Par Arimi Choubadé
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