Le noir ou l’états-unien ?

jeudi 6 novembre 2008 par Arimi Choubadé

Empêtrées dans deux grandes guerres, confrontés à une grave dégradation de leur image de leader du monde libre, englués dans la pire crise économique d’après seconde guerre mondiale – il n’en fallait pas plus pour que les Etats-Unis d’Amérique aillent puiser au plus profond d’eux-mêmes pour sortir la solution de rechange. Un sursaut digne des grandes nations. Contraste singulier avec l’émotivité légendaire des Africains qui ne voit dans la marche de Barak Obama vers la Maison Blanche qu’une des manifestations d’une hérésie du genre « black power » - du Noir doté d’une intelligence surnaturelle. Un sursaut communautariste des nègres qui a failli coûter très cher au candidat démocrate à la présidentielle américaine de 2008. Heureusement que la grande majorité des états-uniens se sont trouvés d’autres motivations autres que la couleur de la peau. Si la logique du taux de mélanine de la peau avait été suivie, les blancs largement majoritaires allaient tout simplement renvoyer le rejeton de Kényan sur les versants du Kilimandjaro.

Si des lauriers devraient être décernés ce n’est certainement pas aux épidermiques du continent noir qui croient dur comme fer que leurs gesticulations irrationnelles ont permis d’inverser le cours de l’histoire. Certains en sont presque à oublier que Obama n’est ni noir ni africain ; le fameux complexe du bellâtre trop blanc selon les noirs et trop noir selon les blancs. Son avènement doit plus à une maturation culturelle propre à la société américaine qu’à une révolution politique. Certes, la révolte de la dame de Montgomery suivi des combats de Martin Luther King, de Jesse Jackson et de bien d’autres a indéniablement empreint la lutte pour le droit d’exister des minorités. Mais il y a longtemps que les états-uniens se préparaient à se faire gouverner par un noir (ou métis). Le lieu de rendre hommage à l’industrie culturelle et notamment cinématographique. Des décennies déjà que des scénaristes d’Hollywood portent régulièrement à l’écran des noirs dans des rôles prestigieux dont celui de président des Etats-Unis. Pas surprenant donc que très peu d’Américains se lèvent au petit matin du 05 novembre 2008 sans se sentir offusquer d’avoir confié les rennes du pays à un métis.

Les penseurs noirs africains voire béninois devraient logiquement s’intéresser à ce façonnage de l’opinion par les gourous d’Hollywood qui se sont d’ailleurs fortement remués afin de faire triompher un de leurs virtuels modèles. Contrairement à une autre Amérique, nuisible pour l’identité noire, l’Amérique des feuilletons à l’eau de rose qui inondent les télévisions sud sahariennes. Une fusée politique du genre Obama n’aurait jamais pu décoller au Brésil, au Mexique, en Argentine. Pendant que Hollywood fantasmait autour de blacks à bord de Air Force One, les téléfilms sud-américains eux continuent de confiner les acteurs nègres dans des rôles d’esclaves, de marginaux, de domestiques soumis au fouet ou de toute autre posture dégradantes. Si certains de ces téléfilms diffusés sur les chaînes nationales y compris l’Ortb ne font pas carrément pas l’apologie de l’esclavage pourtant classé crime contre l’humanité.

On ne saurait trop en vouloir à l’élite noire africaine de supporter complaisamment cette infantilisation de l’homme noir à travers les téléfilms brésiliens, mexicains et argentins. Un des leurs que l’on disait nanti d’une intelligence au dessus de la normale ne nous a-t-il pas condamné dans le rôle du nègre émotif en comparaison au raisonnable Hélène ? « L’émotion est nègre, la raison est Hélène » : Léopold Sédar Senghor. Hollywood a cessé de marquer les noirs au fer rouge depuis des décennies. Il est normal que face à l’impasse, les Etats-Unis se ressoudent autour d’un fils d’immigré qui n’a de noir que sa filiation kényane. Obama est le fils que l’Amérique a aimé et valorisé et non le gars à la peau légèrement bronzée produit d’une success-story.

Une autre Afrique n’est possible qu’à partir d’une renaissance du mental et du culturel.

Par Arimi Choubadé
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