20 milliards que les chômeurs n’auront pas…

vendredi 14 novembre 2008 par Arimi Choubadé

Du prestige dans la pauvreté. Les émergents méritent plus que jamais leur réputation de mégalomanes attitrés. A travers ce gigantisme autour de la construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale : 7 hectares d’édifice à de 20 milliards en 24 mois sur financement propre du budget national. En urgence s’il vous plait. Dans un pays moins avancé lourdement endetté et frappé de plein fouet pas le chômage des jeunes. Les organisateurs de la cérémonie de pose de première pierre ne décolèrent pas de ne pas avoir offert à son éminentissime docteur-président un haie d’honneur composée des 83 députés en génuflexion. Crime de lèse-majesté que les « G et F » doivent payer au prix fort à travers une vendetta médiatique dont le régime et ses acolytes ont le brevet.

Comment ne pas rouler de grands yeux à l’annonce de ce pactole au lendemain d’un rapport du l’Uemoa faisant état de 1 Béninois sur 2 incapable de se nourrir ? Avouez que 20 milliards uniquement pour le confort d’un parlement déjà loti dans un des palais les plus prestigieux de la capitale, celui des gouverneurs, est d’un cynisme effarent face à ces milliers de jeunes diplômés reconvertis au taxi-moto et obligés d’ériger confort sur le siège de leur moto au bord de la rue chaque nuit. Contexte plus scandaleux, c’est que ce parlement pour lequel on cherche à faire saigner le budget national végète dans un blocage depuis près d’un an. Une prime à la crise politico-économique conforme à la paranoïa qui s’est emparée de la gouvernance sous le régime du Changement.

Pendant qu’on s’apprête à immoler une vingtaine de milliards pour l’amélioration du cadre de vie et de travail de 83 supers Béninois, plusieurs milliers de leurs compatriotes sont presque coupés du reste du pays dans la Vallée de l’Ouémé. L’impraticabilité de la dorsale qui traverse la région de part en part fait que les paysans n’arrivent plus à écouler les produits des récoltes ; les femmes en couche décèdent à dos de vélo avant d’atteindre les centres de santé à moins de recourir aux accoucheuses traditionnelles avec les risques de complication et d’infection. Or avec beaucoup moins que 6 milliards, la vie au quotidien pourrait qualitativement connaître un bond prodigieux pour les habitants de 6 différentes communes. Sans compter les possibilités de désenclavement et de décongestionnement d’autres régions avoisinantes.

Autre image poignante, le calvaire des jeunes boxeurs obligés de s’entraîner sur les pavés de l’esplanade du palais des gouverneurs de Porto-novo. Ces jeunes athlètes doivent moduler les séances d’entraînement en fonction des alias climatiques alors que le stade Charles de Gaule situé à 50 mètres continue de se faire reconstruire depuis près de 5 ans après avoir reçu plusieurs visites du chef de l’Etat qui y a d’ailleurs fait des promesses non tenues sans doute emporté par les vivats de militants excités qui hurlaient « Yayi 10 ans », « Yayi 10 ans », « Yayi 10 ans ». C’est ce que les émergents appellent « mobilisation populaire ». Du populisme vu sous un autre angle. On se surprend à constater la froideur des réhabiliteurs de la ville de Porto-novo face à l’imposant bâtiment de la Cour suprême déjà construit et en attente d’être meublé depuis près de 3 ans. En comparaison avec l’empressement et la ferveur autour de la construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale. Le chimiotactisme positif qu’exercent les marchés publics sur certains affairistes de la Marina en est certainement pour quelque chose. 20 milliards exclusivement sur budget national, donc soustrait des conditions généralement trop contraignantes des bailleurs de fonds extérieurs.

Il n’y a de paix que lorsque les émergents sont repus !!!

Par Arimi Choubadé
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