Le tort à lui ou aux autres ?

mardi 18 novembre 2008 par Arimi Choubadé

L’escapade d’Abidjan a fini de convaincre tout le monde de l’ivresse du navire Bénin. Face à Gbagbo, Yayi avait plus l’air d’un chef de belligérance quémandeur de paix que d’un président de la République. D’un côté, le N°1 de l’Etat-Fcbe représentant les intérêts de son clan, de l’autre ses adversaires principalement du G13, en terre ivoirienne. Une confirmation si besoin en était de la faillite interne. Tout l’édifice construit pan par pan depuis 1990 en ruine. Sous les coups de boutoir d’un système difforme fondé uniquement sur la ruse, les entourloupes, les hold-up. Le Changement se révèle être un vaste champ d’anarchisme et de négation des principes républicains. Les lois, la parole donnée, les engagements pris, les usages ont perdu toute espèce de valeur. Assemblée nationale, Cour constitutionnel, Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication, Organe présidentiel de médiation, Haut commissariat de la gouvernance concertée ? Des jouets impuissants dépassés par les événements.

Mais on ne peut se limiter à ce constat de gâchis. Et la thèse du « tous pourris » parait très réducteur. N’en déplaise aux émergents, avant l’arrivée au pouvoir de Yayi Boni, aucun chef d’Etat étranger ne disposait d’un pouvoir de régulation du débat national de façon aussi ostensible. L’identité de l’intrus par lequel la dérive est entrée dans la maison ne fait l’ombre d’aucun doute. Le pedigree du personnel politique permet de s’apercevoir qu’en dehors du docteur-président venu de la Boad, l’ossature des hommes appelés à faire le Changement provient de l’establishment local. Des gens qui ont traversé tous les régimes depuis 1990 et qui savent bien que l’essentiel de l’arbitrage se déroulait entre le palais des gouverneurs de Porto-novo, la Cour constitutionnelle (malgré ses miracles) et la Haac. Même au plus fort de la banqueroute du parti-Etat de la révolution, personne n’est allé à Abidjan ou à Libreville encore moins à Ouagadougou. Tout a été réglé sur place à Cotonou en bord de mer à l’hôtel Plm Alédjo. Première conférence nationale en Afrique et point de départ du renouveau démocratique en Afrique.

Cette démonstration ne met pas forcément en cause Yayi Boni, docteur en économie de développement. La tournure prise par son règne amène à poser des hypothèses. Il en existe une qu’affectionne particulièrement quelques zélés de service, celle du visionnaire en avance sur ces compatriotes. Le docteur-président serait donc un Tgv ultra moderne dans un pays où le développement se fait encore à dos d’âne. L’autre hypothèse remet en scelle cette construction romanesque de l’ « Instruis qui connaissait la maison » de mon grand ami et confrère Edouard Loko. Dans un cas comme dans l’autre, on retrouve le même décalage entre le docteur-président et son peuple. Kérékou disait « Je vous connais bien et vous me connaissez ». Au bout de la course : 17 années de révolution en plus de 10 années de renouveau démocratie. Ce qui veut dire que ce dont le Bénin à besoin ce n’est certainement pas d’un exalté messianique en avance sur son temps. Sans reprendre la boutade célèbre de l’erreur sur le pays et l’époque.

En tout cas la différence conceptuelle sur l’Etat entre Yayi Boni et ses contradicteurs est nette. Le président parle de toute puissance où sa seule volonté ou celle de son clan Fcbe a force de loi. Les autres par contre ne jurent que par la constitution et par la loi. Fagbohoun a accepté de faire la prison sans chercher à agiter son Adja-Ouèrè natal. De même que Houngbédji s’est plié au verdict des urnes en 2006. Ou que la Rb s’est résolue à perdre la mairie d’Abomey-Calavi. Fcbe et Yayi Boni n’accepteraient jamais pour sa part, installer une commune dont-ils contestent la légitimité. C’est finalement une question philosophique.

L’un (ou les autres) se considère être la loi alors que les autres s’en remettent à la loi.

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/395-le-tort-a-lui-ou-aux-autres.html