Ce n’était pas un séminaire d’adolescents…

mardi 2 décembre 2008 par Arimi Choubadé

Prendre la parole à la suite d’un ancien président de la République, de trois anciens présidents de l’Assemblée nationale, des représentants de la majorité des députés, de plusieurs anciens ministres. Un attelage exceptionnel de tous les faiseurs de rois et de tous les tombeurs de régime que le Bénin du renouveau démocratique ait connu. Se poser en contradicteur des séminaristes d’Abomey-Bohicon nécessite du cran dont Tokpanou peut certainement se prévaloir. Sauf que dans le cas d’espèce il faut plus que du culot. Puisque c’est de connaissance et d’expérience qu’il s’agit. Avant donc de parler de l’esprit de la loi portant statut de l’opposition, le porte-parole du gouvernement devrait savoir qu’il parle à Adrien Houngbédji, président de l’Assemblée nationale à l’époque du vote du texte. Ne parlons des anciens membres du gouvernement lors de sa promulgation, et qui se trouvaient justement au présidium du séminaire d’Abomey-Bohicon.

C’est peut-être assez intelligent d’allumer une polémique autour de la grande messe sur l’alternance à Yayi Boni. Tokpanou a cru tenir le bon bout en se ruant sur les critiques faites au décret d’application de la loi portant statut d’opposition. Malheureusement, sa prestation télévisée n’a pu se départir de la rhétorique désormais classique de l’adolescence politique. Le célèbre juriste, conseiller juridique du chef de l’Etat devenu Secrétaire général du gouvernement puis ministre n’a pas été en mesure de dire à ses compatriotes la nature des textes qui régissent l’accès des opposants aux médias publics. Parce qu’il en existe point. La constitution attribue à la Haac l’organisation de l’accès des partis politiques de façon générale, de l’opposition ou pas. Les rédacteurs du décret en question n’ont visiblement pas tenu compte de la dualité fonctionnelle entre le pouvoir d’un côté et son opposition de l’autre. Ce qu’on demande au décret c’est de préciser dans quel cadre, dès qu’un ministre s’esbroufe à travers un organe de presse du service public, quel que soit le sujet, son correspondant de l’opposition mandaté par le porte-parole désigné de cette opposition puisse apporter la réplique. L’esprit de la loi est de créer une fonctionnalité spécifique aux opposants en plus de considérations d’ordre général réservées à tous les partis politiques légalement constitués.

Les téléspectateurs n’ont pas perdu de vue l’empressement de Tokpanou à affubler le camp adverse de mensonge au risque de tirer l’argumentaire par les cheveux. On le dirait à la recherche d’une revanche depuis qu’un certain Emile Ahossi lui a rabattu le caquet à propos de ces déclarations jugées mensongères au sujet des négociations auxquelles il n’a jamais assisté entre le G13 et le chef de l’Etat mais sur lesquelles il déborde de détails devant les micros et les caméras. Il lui fallait renvoyer l’insulte de mensonge même si, comme d’habitude, cela sonne creux. Curieux également que le porte-parole du gouvernement puisse se désoler de ne pas entendre des déclarations d’appartenance à l’opposition. Un non adolescent politique se serait réjouit de constater que malgré tout, le régime auquel il appartient continue de ne pas avoir d’opposants déclarés. L’axe G4, G13 et Force Clé pèse 25% de Adrien Houngbédji ajouté au 40% récoltés par Yayi Boni entre les deux tours de la présidentielles de 2006 soit 65% en tout. Il contrôle la majorité parlementaire. À moins de compter sur une prestidigitation de la Cour constitutionnelle pour tripatouiller le vote réel, à l’instar des prouesses de la Cour suprême au sujet du contentieux des municipales. Les carottes sont cuites. Le prédécesseur de Tokpanou qui a longtemps surfé sur une insultante caricature traitant le front de refus aux dérives du régime de vieille classe politique a fini par reconnaître après son débarquement du gouvernement que ces gens-là constituent bel et bien une « opposition structurée ».

A Tokpanou de bien retenir la leçon.

Par Arimi Choubadé
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