Le peuple des émergents

mardi 9 décembre 2008 par Arimi Choubadé

Tout le monde se demandait ce que voulait dire le député de Parakou à travers son affaire d’ « adolescents politiques ». Équivoque levée depuis le 7 décembre 2008 sur « Le Débat Africain » de Madeleine Moukamabano sur Radio France internationale. Où deux émergents, purs sangs, ont pu étaler à l’échelle des francophones d’Afrique leur conception vraiment étriquée de la chose politique de leur pays. A les entendre, il existerait au Bénin un peuple dont ne figurerait pas les milliers de citoyens détenteurs d’une carte de membre d’un parti politique. Ce peuple qui aurait recouru au providentiel génie du banquier messianique. Lorsqu’on a entendu cela sur la « radio du monde », on peut délivrer à l’honorable Gbadamassi son brevet d’invention sur l’adolescence politique en toute logique.

Donc aux yeux des émergents la notion de peuple se résoudrait à une logique de soustraction qui met d’un côté les électeurs patriotes favorables à leur camp et de l’autre les apatrides. Une thèse soutenue et défendue bec et ongle, durant quarante minutes sur les ondes, par deux professeurs d’université figurant parmi les 63 ministres expérimentés par Yayi en deux ans de pouvoir. Selon, Tokpanou et Gbégnonvi, l’Uds de Sacca Lafia et Kogui Ndouro, l’Ipd de Mensah, le Pne de Tévoédjrè, le Re de Azannaï, le Rpr de Houdé et tous les autres partis de la coalition primaire qui a obtenu 35% des suffrages exprimés au premier tour en 2006 comptaient pour du beurre. De même que le ralliement de Wologuèdè et compagnie qui a porté le pourcentage à 75% au second tour n’a jamais existé.

Lacune rédhibitoire dans le postulat des universitaires émergents, l’absence d’une clé d’explication de l’alchimie qui a permis à l’« apolitique » Yayi de se transformer en un véritable chef de regroupement politique en moins d’un an. Au point de faire de ce nouveau-né un parti-Etat, l’Etat-Fcbe qui régente tout : institutions constitutionnelles, conseils municipaux, société civile, chefferie traditionnelle, cultes religieux, associations de micro-finances etc… Tous les acteurs politiques matures savent que Yayi n’a rien d’un allogène dans leur jardin. Deux ans et demie que Rosine Soglo attend sa lettre de démission de la Renaissance du Bénin. Un militantisme sans lequel sa carrière aurait pu suivre une toute autre trajectoire. Le président Nicéphore Soglo ne s’était plus senti obligé d’aller rechercher un remplaçant à Aboubakar Babamoussa à la tête de la Boad alors que son parti couvait un certain Yayi Boni à l’époque chef de la cellule macroéconomie à la présidence de la République.

A moins de cultiver l’adolescence politique jusqu’à la naïveté, Yayi Boni doit son succès en 2006 grâce à une idée admise depuis l’œuvre de redressement herculéenne des années 1990 : « il faut un banquier à chaque fois pour réparer les dégâts de Kérékou ». Des professeurs basculés dans la politique devraient avoir lu les plus grands classiques sur la gestion de la cité – les dirigeants sont toujours à l’image de leur peuple disait l’un de ses grands penseurs politiques. Le peuple du Bénin semble donc être coutumier des erreurs historiques. Ce départ de Soglo en 1996 alors que tous les indicateurs étaient au vert. La réélection de Kérékou en 2001 alors que les mêmes indicateurs recommençaient à virer à l’orange. Puis enfin le docteur-président sous le règne duquel les cueilleres à café ont remplacé les louches.

Les émergents croient toujours en leur peuple différent de celui des autres. Un raccourci d’adolescents qui ne leur permet pas de se rendre compte de l’effritement de la coalition primaire du premier tour de 2006, celle des 35% – Houdé, Gnigla, Zoumarou et consorts.

Le réveil risque d’être très tardif.

Par Arimi Choubadé
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