Le pétrole n’est pas un programme politique

mercredi 4 février 2009 par Arimi Choubadé

Le bonheur du Bénin se trouverait dans un bocal exhibé devant les cameras à la présidence de la République. Sous le regard illuminé du maître des céans. Il s’agirait d’un échantillon d’or noir découvert quelque part au large de Sèmè. A peine installé, le pisteur de trésors cachés fait déjà des miracles. Les experts de la Marina peuvent se frotter les mains d’avoir déniché cet ancien révisionniste rapidement recyclé par le système du Changement. Avec lui désormais, tous les espoirs seraient permis. Le bocal magique devrait très vite se transformer en 200 milles barils de pétrole par jour. Adieu pauvreté, misère, salaires de damnés, esclavage et servilité.

Dans l’euphorie, tous avaient presque oublié qu’on annonce la manne miraculeuse du côté de Fidjrossè sous le précédent ministre, l’ancien opposant devenu ministre du délestage. Et que le Bénin a acquis son statut d’exportation de pétrole depuis des décennies. Et que cela remonte à des années que les techniciens de l’office en charge des mines manipulent des dizaines d’autres bocaux remplis d’échantillons ramenés par d’autres pisteurs. Ce n’est pas pour rabattre la joie des émergents que de rappeler le passé pétrolier du Bénin et la redondance des effets d’annonce sans lendemain. Aux émergents de bien consulter l’encours de la dette extérieure du Bénin ; ils s’apercevront très vite que les révolutionnaires n’ont jamais pu payer les frais d’installation de la plate-forme d’extraction du pétrole à Sèmè. Pour un « gobelet », on s’était comporté comme s’il s’agissait d’un vrai puits de pétrole.

On pourrait discourir toute une journée à propos de la dialectique africaine entre le bonheur des peuples et le pétrole sans parvenir à se forger une opinion définitive. En cela, l’exercice le plus facile et à porter de tout le monde est le tour d’horizon de la situation sociopolitique des pays du continent noir où l’or noir a dépassé l’étape des annonces. Congo, Angola, Tchad, Mauritanie, Gabon, Guinée Equatoriale : tous des sanctuaires de démesure, de mégalomanie, de mauvaise gouvernance et de prédation des libertés notamment en ce qui concerne l’usage fait de la richesse commune.

Apparemment, les princes du quartier latin ne semblent pas avoir tiré beaucoup de leçons de ces expériences. En effet, dans ces pays-là, tout comme cela se fait sous le régime du Changement, on a couru après le pétrole avant de se chercher à savoir ce qu’on en ferait. Le dessein devrait précéder la recherche de ressources. On devrait savoir ce que ferait le gouvernement du Changement avec d’éventuelles ristournes pétrolières. Encore faudrait-il connaître le programme d’action de l’équipe au pouvoir et non se contenter de la seule vision du chef de l’Etat. Ce gouvernement Yayi n’a pas su quoi faire des quelques dizaines de milliards issus de l’escorte de véhicule d’occasion au point d’être obligé de les soustraire de la production nationale en les stockant à la banque centrale durant près de 3 exercices budgétaires. Qu’en sera-t-il de la gestion de considérables pétrodollars ?

L’introduction éventuelle d’une économie liée aux ressources pétrolières, il faut le préalable d’un consensus autour de sa destination. Les guerres civiles aux senteurs de l’or noir viennent généralement de la fréquentation des paradis fiscaux par l’ethnie présidentielle. On a besoin de garantie que la présidence de la République ne continuera pas à financer des activités du regroupement politique du chef de l’Etat via une cellule de propagande officielle. L’argent du pétrole suppose plus de meeting de remerciement, plus de marche de soutien, plus d’occupation des temps d’antenne et des colonnes de journaux. Tant et si massif que les opposants n’auront que le maquis afin de s’exprimer.

Mais du bocal au puits, il faut du chemin.

Par Arimi Choubadé
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