Et de 19 ….

vendredi 20 février 2009 par Arimi Choubadé

19 ans de renouveau démocratique et toujours le moindre kopeck de l’Etat béninois à un parti politique. Une démocratie informelle, large boulevard à toutes les aventures. N’importe quel quidam peut se retrouver dans le fauteuil présidentiel sans qu’on ne sache exactement qui a financé sa campagne électorale, les hommes avec qui il entend gouverner, son programme politique ou son idéologie. Le plus haut poste de la République du Bénin est devenu le trophée d’une compétition de ruse, d’achats de conscience, de corruption, de compromission et de fraude électorale massive. Le modèle est malade et souffre d’une crise de croissance, certains spécialistes parleraient de nanisme dysharmonique. Décalage abyssal entre la pratique quotidienne et le rayonnement virtuel.

Une savante confusion tend à faire de l’autosatisfaction, la manifestation du vrai sentiment patriotique. On attend que la machette remplace le bulletin de vote et que les cités se vident au profit de longue file de vieillards, de femmes et d’enfants balluchons sur la tête sur le chemin de l’exile. Pendant que la jeunesse valeureuse s’entredéchire dans les maquis. Peut-être seulement en ce moment-là on s’apercevra que l’alerte aurait dû être donnée plus tôt. Les recrues de la bondieuserie politique qui ont envahi les arcanes du pouvoir d’Etat ont tendance à croire que le salut d’une démocratie dépend essentiellement des séances brouillonnes d’exorcisme et d’incantations.

Je parlais tantôt de nanisme dysharmonique. Pas parce que le processus grandit mal. Le problème est qu’on a l’impression que le pays vivote encore sur les mensurations d’après la conférence nationale de 1990. Les paliers qui devraient suivre sont demeurés à l’étape de projet voire de dessein. Les mœurs ont très peu évoluées comme blasées par les exercices d’équilibriste de ceux qui tiennent lieu d’acteurs politiques. Le renouveau à la béninoise fonctionne comme un adulte qui gît dans un corps d’adolescents. A croire que le processus ne s’est jamais remis de son sevrage d’avec le prélat qui a présidé aux destinés des assises du Plm-Alédjo ; Mgr Isidore de Souza. Se comporte-t-il, le renouveau démocratique, comme cette fameuse vision du Changement chevillée au corps de son géniteur et incapable d’induire des émulations chez les accompagnateurs.

Dommage que le discours messianique n’ait pas disparu de l’arène en 19 ans de pratique. Au contraire, il est en constante évolution. De l’homme de la situation en 1990 (Nicéphore Soglo) on est passé au demi-Dieu entre 1996 et 2006 (Mathieu Kérékou) avant de tomber sur le président-plus-Dieu sous le Changement à partir de 2006 (Yayi Boni). En contradiction flagrante avec l’apostat du constituant qui confère aux partis politiques l’exclusivité de l’animation de la vie publique. Selon ce constituant, le système ne devrait pas être tributaire d’un seul homme quel que soit son charisme. Pour être efficiente, la marche commune a besoin d’être partagée même si l’impulsion vient d’un homme ou d’un groupe d’individus. Mais l’imposture et la manipulation ont été les plus fortes jusque-là, aidées par la misère et l’analphabétisme chroniques de l’écrasante majorité des citoyens.

De fer de lance de la démocratie, les partis politiques sont devenus des défouloirs pour profiteurs en mal de repère trop heureux de jeter le tort de la faillite sur un bouc émissaire. Tous ceux qui tiennent comme vérité d’exception la supposée faillite de la classe politique devraient en même temps décréter le deuil de tout le système. Il n’y à qu’au Bénin qu’une partie de l’élite considérée comme l’une des plus remarquables du continent pense qu’on peut faire de la démocratie sans les partis. Avec une quête perpétuelle de banquiers, de fonctionnaires internationaux, de pasteurs et d’aventuriers de toutes sortes comme président de la République, conseillers du chef de l’Etat, ministres ou députés.

Et après on s’étonne que tout aille de travers.

Par Arimi Choubadé
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