La marche verte a vécu…

jeudi 26 février 2009 par Arimi Choubadé

Le sang et la sueur du chef de l’Etat contre la corruption ? Deux signaux retentissants dès l’avènement du régime du Changement : une marche mémorable dite verte contre la corruption avec un Yayi Boni en bras de chemise à la tête d’une procession composite sur un train d’enfer dans les rues de Cotonou sur une dizaine de kilomètres environs ; et une profession de foi pathétique en face d’étudiants qui découvrent pour la première fois la combativité du chef de l’Etat apte à verser son sang pour faire « rendre gorge » à tous les pilleurs de l’économie nationale. En application : audition de tous les comptes publics ; dénonciation des procédures spéciales de décaissement des fonds au trésor public, et surtout l’introduction auprès du président de l’Assemblée nationale d’une demande de démission d’office du député Issa Salifou pour incompatibilité de ses fonctions de chefs d’entreprise de Gsm et de député.

Vint ensuite la période post-Fcbe. Regroupement politique original, mélange détonnant de contrebandiers, de détourneurs de deniers publics, de faillis, de fraudeurs et de repris de justice aux côtés de respectables personnalités. Les émergents découvrent enfin les vertus de l’argent volé aux populations. Une campagne électorale coûte très cher. Même la distraction des fonds de véhicules d’occasion, la multiplication par trois des salaires des ministres, les frais de mission exorbitants ne suffisent pas. Au bout de la course il y a eu la distribution de présents aux chefs traditionnels et religieux, l’achat des cartes d’électeur, le débauchage des membres des démembrements de la Commission électorale nationale autonome. Cerise sur le gâteau, les procurations des grands électeurs du parlement lors de la constitution du bureau de l’institution.

Envolées, toutes les bonnes résolutions sur l’assainissement des mœurs dans l’animation de la vie publique. Le mercure est considérablement descendu à son niveau ante auprès de tous ceux qui craignaient pour leurs gestions passées de la chose du contribuable. La cuillère à café a remplacé la louche selon un fin praticien de l’appareil d’Etat. La troupe à Yayi semble avoir appris plus rapidement que prévu dans l’art de ponctionner les caisses de l’Etat. Le discours officiel a été soigneusement débarrassé des références à la probité, à la morale ou au respect des biens publics. De nombreux tribuns du système prompts à vanter les mérites de la bonne gouvernance ont été réduits au silence. Les gens criaient parce qu’ils n’avaient pas encore commencé par manger. Depuis c’est fait.

Mutation surréaliste au bout de trois ans de régime ; ce sont les prétendus corrompus d’hier qui confondent les émergents dans leur gloutonnerie sans limite. Les formules pleuvent à tout rompre : « délinquance financière », « indiscipline budgétaire », « scandales sous Yayi » ; « Etat-Fcbe ». Un pouvoir de paganisme très porté sur la mondanité, les trivialités et la jouissance. Les invites à l’allégeance, aux adoubements et au culte du chef se multiplient sous la houlette du prince lui-même qui commence par adorer les séances de griserie à travers représentations festives, les libations et agapes. La dénonciation d’une présence de repris de justice au sein du gouvernement ne constitue plus une offense sous le régime du Changement. Le pouvoir fonctionne avec de gens à moralité douteuse ; et alors ?

On s’étonne même que l’honorable Janvier Yahouédéhou, un émergent de première heure puisse s’offusquer après avoir entendu l’histoire des coffres-forts présidentiels racontée avec menus détails par son collègue Issa Salifou. Le vol des deniers publics ne devrait s’embarrasser de scrupule.

Mangez et taisez-vous ! Reste à convaincre l’auteur de Les Vrais Couleurs du Caméléon.

Par Arimi Choubadé
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