Nuisible en Guinée Bissau comme au Bénin

jeudi 12 mars 2009 par Arimi Choubadé

Instrument de tensions inutiles ; champ de culture des passe-droits, du népotisme, du clientélisme ; institution budgétivore. La succession des vendettas en Guinée Bissau vient conforter mon opinion sur la dangerosité de l’existence d’une armée dans des petits Etats comparables au Bénin. Comme en Guinée, les armes de l’armée béninoise ne serviront qu’à déstabiliser les vestiges de la République et de sa démocratie. Mes contemporains n’ont plus souvenance d’une seule balle qui ait été tirée par un militaire pour la défense du territoire national ou la protection des frontières. A l’inverse, on ne finit pas de dénombrer tous les Béninois tombés sous les balles de leurs compatriotes en uniforme depuis les années de plomb de la révolution jusqu’aux jalonnements sanglants en marge des tournées de Yayi Boni.

C’est vrai que les boucheries à la Bissau Guinéenne n’ont pas encore visité le Bénin : épisode agité de Ansoumana Mané ; ramifications avec la rébellion en Casamance sénégalaise ; héritage de la lutte armée contre la colonisation ; coups d’Etat meurtrier ; guerre ethnique par militaires interposés puis assassinats croisés du chef d’état-major de l’armée et du chef de l’Etat signés de groupes rivaux. Le bilan est, de loin, moins dramatique sous nos cieux. Mais la grande muette n’a de muet que l’opacité de sa gestion. On l’a vu suffisamment bruyante, communicante et spéculative lors de son incursion opportuniste dans le processus électoral en 2007 et 2008. Ses officiers abandonnent de plus en plus la vie de caserne au profit de somptueuses battisses dont personne ne se préoccupe de leur source de financement.

Depuis que le génie militaire s’est mis en concurrence avec l’entreprenariat privé sur des marchés publics, le service d’intérêt public a presque disparu. La transversale qui relie la plage de Fidjrossè à Cotonou à la ville de Ouidah n’intéresse plus les développeurs en uniforme depuis que le régime du Changement lui a offert sur un plateau d’or la sous-traitance de la construction d’écoles primaires en bois à l’effigie du docteur Yayi Boni. Une autre partie de la troupe se retrouve sur la piste des véhicules d’occasion (encore cette juteuse activité). Autant de bras qui manquent sur les chantiers d’aménagement des pistes rurales ; de désenclavement de certaines régions avec la réalisation de ponceaux ; d’appui à des infrastructures sociocommunautaires en péril. Il n’y a que les coopérants militaires belges que ce genre de sacerdoce préoccupe depuis lors.

L’enjeu du débat n’est pas de convoyer les militaires à la casse. Il s’agit de valeureux cadres dont la nation a certainement besoin. Mais la vocation du Bénin n’est pas de devenir une puissance militaire régionale. D’où la référence constante à la stature de la Suisse qui a traversé toutes les grandes guerres en Europe sans que son existence n’ait jamais été remise en cause par les différents belligérants. On ne voit pas l’armée béninoise faire échec à des velléités d’invasion du grand Nigeria. Par contre un système de défense commun avec les deux pays (Bénin-Nigeria) permet de dissuader n’importe quel voisin d’avoir des visées impérialistes sur Cotonou. De plus la charte de l’Union africaine qui consacre l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation donne une garantie internationale contre toute menace sur le territoire béninois. À quoi sert finalement une armée réduite à la rente et à subsistance ?

Plus que la sécurité du territoire, c’est la sécurité des citoyens face à la criminalité qui pose problème. D’où évidemment le plaidoyer pour un renforcement des services de sécurité intérieure à l’aide des compétences en rade au sein de l’armée. La défense du territoire fera ainsi partie du dialogue sous régional avec nos voisins. La cohabitation entre la démocratie et des hommes en armes oisifs portent en elle-même des germes d’une déflagration à venir.

Le Bénin est une Guinée Bissau en puissance

Par Arimi Choubadé
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