Libérez-les de l’émergence

jeudi 12 mars 2009

Une prière pour tous ces possédés engagés dans la pré campagne précoce, à deux ans de la fin du mandat de Yayi Boni. Contraints à toutes sortes d’excentricité ; pourvu que le chef soit convaincu de leur fidélité et de leur engagement. Une obligation de moyen avec un passage obligé par les médias, la télévision en particulier. Défilent donc sur les écrans, des illuminés qui proclament que Yayi Boni est plus que Dieu ; des sournois capables de dire quelque chose et son contraire ; des dévergondés adeptes de l’autodérision du genre « je confesse avoir péché » ; des prétentieux qui promettent au docteur-président des vagues d’adhésion en 2011 alors que les suffrages de leurs propres progénitures ne leur sont pas assurés. Trait commun à tous : l’attachement à la rente.

Pourquoi des Béninois en viennent à s’humilier sur la place publique au nom d’un soutien au régime Yayi ? On revient à cet adepte de l’autodérision qui hante la filière de véhicule d’occasion depuis plus d’une décennie, Frédéric Béhanzin. Il fait un mea culpa diffusé sur toutes les chaînes de télévision alors que tout porte à croire qu’il n’a pas rompu avec le péché dont-il s’accuse devant caméra. Après une première tentative infructueuse à travers le Biir, le racket béni du pouvoir a pris une autre forme à travers le Bsat avec toujours les mêmes acteurs. Ils ne sont certainement pas trop loin de la réalité, ceux qui pensent que la demande de pardon aux Béninois de Béhanzin n’est qu’un emballage destiné à mieux endormir le docteur-président dont le faible pour les courtisans ne se démontre plus. En bon médecin, Dassoundo avait diagnostiqué une trop grande sensiblerie au palais de la Marina.

Il est question de cette maladie qui s’empare de tous ces cadres de l’administration à la traîne derrière leurs ministres parcourant tous les coins du pays à la recherche de soutien au chef de l’Etat à deux ans de la prochaine présidentielle. Le drame de ces fonctionnaires est de chercher en vain dans les manuels de l’administration publique les préceptes d’une quête de soutien aux actions d’un gouvernement. Le Bénin est un pays de démocratie issu d’un système présidentiel fort. L’exécutif, nanti de la puissance publique, conduit la politique de la nation. Le seul soutien reconnu aux populations n’est que le vote prévu à des échéances spécifiques. Or aucune consultation n’est programmée ni pour 2009 ni pour 2010. Décidément, les émergents n’ont pas les mêmes agendas que le reste des Béninois.

Le problème de ces émergents-instruments lancés à l’assaut d’un électorat imaginaire est de savoir comment se sortir de ce processus d’infantilisation dans lequel le pouvoir les a emballé. Recherche de promotion, peur de perdre un poste et/ou souci de sauvegarder un strapontin permettent de maintenir un bon nombre dans l’asservissement. À peine si certains se rendent compte des dérives que prend la trajectoire suivie. Surtout pour ces demi lettrés rôdés depuis peu autour d’une rhétorique sur le patriotisme alors qu’il ignore jusqu’à la définition de la patrie. Une fébrilité tendant cependant à confirmer que la citadelle se sent menacer et n’hésite pas à sonner une mobilisation brouillonne et irrationnelle.

A se demander ce qui a fait croire au docteur-président que la horde d’émergents ayant investi le terrain trop tôt suffit à espérer transformer les intentions de vote à leur profit ; que les marches de soutien, les meetings de remerciement et les tournées ministérielles sont plus efficaces que les dessertes de pistes rurales à Lalo, Toviklin, Kouandé, Kèrou ou Zinvié ; que Yayi pourrait récolter plus de 50% des suffrages en 2011 dès le premier tour, malgré les défections dans son propre camp et les nombreuses signatures qu’il n’a pas honorées au cours de son premier mandat. Des émergents qui ne sont convaincus que par cet intérêt du moment, et qui pour la plupart n’aspirent qu’à se soustraire un jour de ce joug du Changement.

Le jeu du chat et de la souris jusqu’à la délivrance en 2011…


Permalien:http://arimi.ilemi.net/460-liberez-les-de-l-emergence.html