Association de malfaiteurs ?

lundi 23 mars 2009 par Arimi Choubadé

Singulier, le conclave entre hauts gradés de la douane, de la police, de la gendarmerie et trafiquants de produits pétroliers. Le tout dans les locaux de la direction générale de la douane. On aurait pu recourir à l’expertise d’un juge pour qualifier cet auditoire d’un genre bien particulier. Une bizarrerie qui étonne à moitié les Béninois. Ces mêmes contrebandiers ont été vus déjà à plusieurs reprises au cabinet du chef de l’Etat en personne. Certains d’entre eux se prévalent d’ailleurs d’avoir figuré sur des listes électorales du regroupement politique du président de la République. Sans ce flirt au relent de combine, de fric voire de crime, les émergents n’auraient jamais réussi à placer des élus à Avrankou, à Sèmè-Kpodji ou à Adjarra.

L’intelligentsia du Changement semble complètement déborder par le piège de la campagne électorale permanente. En trois ans, ils n’ont pu inventer la moindre alternative à l’hideux spectacle des bouteilles d’essence en vrac exposés le long des grandes artères des principales agglomérations du pays. Menaces, traques, audiences au palais de la Marina, octroi de micro-crédit aux plus pauvres ; rien à la décharge de Yayi et son équipe, la gouvernance foraine et itinérante. Les agendas officiels de celui du chef de l’Etat aux directeurs généraux de sociétés d’Etat en passant pas ceux des ministres et des députés Fcbe sont exclusivement truffés de séances de réjouissance populaire, de louanges, de prières à la gloire du docteur-président-plus-que-Dieu.

Les rapports d’experts, les projets d’opérateurs économiques, les rapports de mission d’évaluation et autres contributions techniques au développement du Bénin dorment dans les tiroirs pendant que le président de la République s’essaye à des cours de sirènes de locomotives à de petits écoliers (pipan !!! pipan !!!). Ce n’est pas la première fois qu’un pouvoir public s’atèle à liquider une activité illégale génératrice de revenu à une catégorie de populations. Partout, les experts ont prouvé qu’on ne supprime jamais une activité, on la remplace par une autre. La lutte contre la pauvreté sert surtout à cela. Et non à mettre tout l’appareil d’Etat en campagne électorale le temps d’une durée de mandat de 5 ans.

L’ubuesque de la rencontre hauts gradés et hors-la-loi, c’est l’exposé le directeur général de la douane et des autres officiels assermentés sur les méfaits du « kpayo ». Oubliant que c’est eux les manipulateurs des produits qui paient le lourd tribu. On ne compte pas le nombre d’accidents mortels pour la plupart gérés avec le plus grand anonymat dans les contrées isolées. Régulièrement, les étalages sont ramassés par des agents en uniforme pour des destinations inconnues. La déscolarisation, les maladies cardio-respiratoires, les brûlures, les nausées, bref, le mal vivre. Des réalités que Dg douane, gendarmerie ou police n’ont que dans des rapports de médecins ou carrément dans les livres. Ceux qui ont préféré cet empoisonnement lent et quasi irréversible comme job sont plus à plaindre qu’à combattre.

C’est évident que si le Bénin avait réellement amorcé l’émergence comme le fanfaronnent chaque matin les membres du gouvernement du Changement, les options fatalistes auraient complètement disparues du quotidien de la majorité des Béninois. Les traditionnels cireurs de chaussure ghanéens qui pullulaient l’ouest Afrique n’ont pas eu besoin d’une traque particulière avant de rejoindre leur cité dès que la prospérité est de nouveau apparue. Depuis ils ont été remplacés dans les villes et campagnes béninoises par des nationaux ou d’autres ouest africains. Et puis cette impasse du développement et cette persistance de la pauvreté permettent aux émergents de recruter des barreurs de routes, des marcheurs et des applaudisseurs à bon marché.

On aurait pu exempter les forces de l’ordre de gigantesque cirque…

Par Arimi Choubadé
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