Le prétexte de la précocité

vendredi 27 mars 2009 par Arimi Choubadé

Tout l’appareil d’Etat à l’assaut du pays profond. En tête de la croisade, le chef de l’Etat en personne ; le tout à travers un leitmotiv assez confus oscillant entre un prétendu lancement de la révolution verte et un recensement des difficultés des populations. La fonction présidentielle ramenée à un tour des arrondissements dans une opération d’identification d’emprise future pour des latrines par-ci, un puits par-là, un échangeur là ou un aéroport futuriste là-bas. De l’émergence dirait les courtisans ripailleurs de la Marina tandis que opposants et/ou assimilés crient à la pré campagne. Le diable se trouve justement dans les détails de cette précocité.

Ça tourne, magnifie le chef, marche et applaudit. Ça insulte également à Houéyogbé, ça tue à Ouidah, ça brise des os d’homme au siège de la Renaissance du Bénin à Cotonou, ça provoque partout sur le territoire national. Suspecte, cette coïncidence entre la déferlante de l’intolérance et la décision de lancer la meute à l’assaut de l’électorat. Alors que ce dernier, l’électorat, n’était demandeur de rien. Pendant que les Issa Salifou, Rachidi Gbadamassi et autre Ahossi Emile réclamaient avec insistance un débat contradictoire sur la non budgétisation des fonds de véhicules d’occasion, le gouvernement noie son spleen dans un tour du Bénin à contre courant.

De quel tournée présidentielle encore ? Une ou deux opérations de grande communication à Sèmè-Kpodji, Allada, Bembérèkè et Sakété puis plus rien. La violence étend peu à peu ses tentacules partout où les émergents le jugent nécessaire. Un couvent à Ouidah, un palais à Kétou, un siège de parti à Cotonou. Des événements qui ne se seraient jamais produits si le pays vivait dans une grande félicité, en harmonie avec le désir exprimé de faire émerger l’économie nationale. La très noble impression du prince de poursuivre son œuvre au-delà d’un premier mandat éclipse tout le reste. Les va-t-en guerres peuvent donc dérouler leur macabre dessein en toute tranquillité. Comme si le dessein était de pourrir suffisamment l’atmosphère avant la course pour le rempilage proprement dite.

Autant se poser la question de savoir à qui profiterait un pourrissement. Tout ce qu’on sait, c’est que avant la dégradation sécuritaire aucun émergent n’osait évoquer un quelconque succès de leur champion au premier tour en 2011. Le discours était à l’ouverture empreinte de débauchages, de flirts et d’opération de charme tous azimuts. Mais l’arrogance a repris le dessus dès que les gros bras ont commencé par se donner des airs à l’occasion de meetings et de marches de soutien. La tendance est à l’affirmation de la toute puissance. Dans le genre du prince qui averti ses sujets de l’imminence d’un coup de force majeur. Un petit conditionnement de l’opinion permet toujours de mieux jouer sur l’instinct de fatalité de gens trop préoccupés par un quotidien proche de l’enfer.

En face, les opposants, ignorants tout des méthodes de verrouillage de l’expression démocratique continue de croire à sa fable du chauffeur à retourner à l’auto-école. Tous groggy après la démonstration de force place Vidolé à Kouhounou. Tous les dirigeants politiques béninois n’ont pas eu le privilège de faire leur cursus dans des laboratoires de prédation des libertés dans les pays voisins. Les « patriotes » maintiennent la course en tête sur de leur impunité ; même lorsqu’un de leurs chefs se vantent d’avoir été un pilleur de l’économie nationale, il est sûr qu’aucun magistrat n’oserait ouvrir une information judiciaire sur le sujet. Supporter Yayi Boni est érigé en une circonstance absolutoire de toutes les déviances.

Surtout en pré campagne électorale…

Par Arimi Choubadé
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