Un cirque nommé « Lépi »

mercredi 15 avril 2009 par Arimi Choubadé

Un long fleuve tranquille, plein d’ennui, la vie publique béninoise sans cette fameuse Liste électorale permanente informatisée (Lépi) ; toujours en projet et jamais réalisé depuis plus d’une décennie. Que de crises politiques, d’empoignades épiques, de millions voire de milliards gaspillés, de tensions ; au nom de cette Lépi. En son nom, le gouvernement Kérékou s’est tapé un milliard rond en sensibilisation, en lobbysme, en préparatif, en gadgets et en activisme stérile. Ce qui vaut d’ailleurs à l’ancien ministre Alain Adihou un séjour carcéral sauvage, sans aucune perspective surtout avec la panne de la Haute cour de justice qui ne finit pas de se prolonger.

Ceux qui ont misé sur un virage à 180° après la prestation de serment du 06 avril 2006 déchantent trois ans après. La Lépi continue hélas d’alimenter la rouerie d’Etat. Pas même la solennité de l’adresse présidentielle au peuple à la veille de la fête de l’indépendance n’a été épargné. Les Béninois ont entendu Yayi promettre l’organisation d’un référendum dans le courant du premier trimestre 2009. Proclamation désormais pris dans le gigantesque piège des farces de la République. Un trimestre vendangé en désertions répétées de l’hémicycle ; en débauchages tous azimuts de député pilotés depuis le palais de la Marina, en poisson d’avril, de la gratuité de la césarienne mutée en subvention de 100.000 fCfa par césarisée…On a tout fait au cours de ce semestre sans un début de commencement du processus de réalisation de la Lépi. En dehors bien entendu des démonstrations de biceps entre le ministre en charge des relations avec les institutions et le Secrétariat administratif permanent de la Cena pour le contrôle des milliards attendus dans le cadre du projet encore à l’étape de théorie.

Pendant ce temps, le pays avance à grand pas vers le maintient de son archaïsme électoral que l’excellent avocat Joseph Djogbénou se plait à caricaturer chaque fois qu’il en a l’opportunité. Voilà que la société dite civile se mêle donc de ce grand cirque de Lépi. Une intrusion qui ne déroge malheureusement pas à la langue de bois et à une naïveté calculée. Un sit-in devant le palais des gouverneurs à Porto-novo pour, disent-ils, contraindre les députés à entamer l’étude de la loi précurseur de la modernisation du vote en République du Bénin. Comme si les rentiers de la société civile ignoraient le contexte de crise larvée au parlement avant le 14 avril 2009.
Tout déblocage de l’impasse passe forcément pas des dénonciations frontales d’actes connus émanant d’acteurs tout aussi connus. Les manifestants du 14 avril 2009 à Porto-novo devraient exiger du président de l’Assemblée nationale, Mathurin Nago un correctif relatif à ses allégations à polémiques à propos de l’absence du premier secrétaire parlementaire, Joachim Dahissiho.

Certains marcheurs de l’esplanade du palais des gouverneurs seraient bien inspirés à demander au chef de l’Etat de s’expliquer sur les raisons pour lesquelles sa promesse de faire tenir un référendum sur la Lépi au cours du premier trimestre 2009 n’a pas été tenue. Et pourquoi ses partisans font du retour de leur ancien compagnon de route, le démissionnaire de Fcbe, l’honorable Tokou Dari, une conditionnalité avant toute reprise des travaux. Ce qui explique d’ailleurs que la deuxième secrétaire parlementaire, danseuse-étoile au jour du troisième anniversaire de Yayi au pouvoir devient alitée et fit reporter une plénière le lendemain. Pour éviter donc de paraître comme un trublion de plus, les prétendus représentants de la société civile ont l’obligation d’attaquer sans détour les empêcheurs d’aller à la Lépi.

Autrement, le cirque ne fera que s’agrandir…

Par Arimi Choubadé
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