La popularité au bout de la balade

jeudi 4 juin 2009 par Arimi Choubadé

Être populaire, dans l’entendement des émergents, ce n’est pas construire des hôpitaux, des centres de loisirs aux jeunes, des écoles, des routes ou des orphelinats. Le docteur-président lui se délecte chaque jour en contemplant de pauvres hères, squelettiques et décharnés chanter et danser pour lui de contrée en contrée. Une gouvernance foraine qui déplace quotidiennement le centre de gravité du haut commandement de l’administration à travers le pays. Bonheur suprême lorsque que des maires privés de ressources et de compétences du fait d’un pouvoir central de mauvaise foi viennent supplier presque à genoux le chef de l’Etat de sortir leur localité des profondeurs de la misère. Sous les vivats de militants conditionnés à l’aide des fonds soustraits du circuit budgétaire légal.

Chaque jour passé au pouvoir par Yayi est un jour de célébration de la pauvreté. Les populations sont les premières à être surpris des déploiements de faste, de luxe et de bonne humeur dispensée en un éclair par des officiels tirés à quatre épingles sanglés d’accompagnateurs tout aussi heureux. Eux savent qu’une fois de retour au bercail, ils sont sûrs de palper des carnets de tickets-valeurs et des billets de banque constitutifs de frais de mission. Les visités eux retournent tout simplement à leur vie sans repas réguliers, sans soins, sans pistes de desserte et sans aires de jeux pour les jeunes. Allez demander à un damné non alphabétisé d’Ifangni privé d’eau potable et d’électricité 10 mois sur 12, ce qu’il retient du verbiage du ministre de l’Energie sur les ambitions du gouvernement en matière d’énergie. Des incantations.

C’est connu qu’un seul déplacement du chef de l’Etat et de sa suite dans une commune prive les populations visitées d’une maternité, de deux modules de trois classes chacune et le reliquat pourrait servir à payer plusieurs mois de salaires à plusieurs enseignants et infirmiers. Auparavant, les randonnées présidentielles servent à concrétiser de grands projets de développement communautaire. Sous le Changement, le chef de l’Etat débarque avec toute une équipe juste pour répertorier les problèmes de la nation. La prouesse ce n’est plus la déclinaison en acte d’un besoin des masses mais l’honneur de voir une exhibition présidentielle onéreuse et inutile. Si ce n’est du cynisme tout simplement.

La détermination des itinéraires de la balade gouvernementale quotidienne n’échappe pas à l’émotivité du pouvoir du Changement. Bio Tchané dans la Donga un week-end ? Cela suffit pour y expédier le week-end d’après une pléiade de ministres, de conseillers à la présidence de la République et de directeurs de sociétés d’Etat. En prélude à un meeting improvisé du docteur-président lui-même à Natitingou quelques jours après que des gens aient suscité la candidature de l’ancien ministre de la Défense, Pierre Osho dans la même ville. Des personnalités se réunissent à Dassa-Zoumè pour déclamer leur béguin pour le président de la Boad peut déclencher, dès le lendemain, un débarquement d’un ministre dans le pur style des hooligans. Et si c’est un ancien ministre de Kérékou, Kamarou Fassassi qui s’essaye à un test de popularité à Ifangni, c’est Yayi en personne qui vient lui donner la réplique sur place. Tant pis si les dossiers d’importance pour la république se meurent à la Marina et dans les ministères pendant que ça se tourne en vrac sur le terrain.

Il parait que cela n’arrêtera pas de tourner avant 2011…

Par Arimi Choubadé
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