Emergence en solitaire…

mardi 9 juin 2009 par Arimi Choubadé

A quelques mois de la fin de mandat, les émergents commencent par faire attention à tout ce qui sort de leurs bouches. La croissance à deux chiffres ? Volontairement, le régime Yayi n’en parle presque plus. Bien que ce soit sur cette perspective précisément que le Changement a bâti tout l’échafaudage à propos du prétendu futur dragon de l’Afrique. Du bien et de l’abondance pour tous, de la prospérité partagée disent-ils. Ce qui se partage couramment après plus de trois ans de propagande entre l’écrasante majorité des Béninois, apatrides ou non, caurisants ou pas, demeure la misère et la précarité.

La marche vers l’émergence a choisi de mettre sur le bas de la chaussée toutes les institutions de la République à commencer par l’Assemblée nationale – un parlement paralysé. Le bureau qui le dirige paie au prix fort le dol qui a prévalu à son élection : procurations, accord de législature bidon, marchandages de dupes, remord, trahison. La ruse du Changement dans toute sa splendeur. En panne, également, la plupart des conseils municipaux. Des élections municipales et communales qui ne finissent pas ; des maires élus avec des majorités préfabriquées ; des budgets municipaux amputés de la taxe de voirie ; des préfets passés maîtres dans l’art de jongler avec les textes sur la décentralisation ; une décentralisation elle-même en pointillé. Tel, le prophète qui conduit son peuple vers la terre promise, Yayi a décidé donc d’arrimer tout seul le Bénin à la locomotive des pays émergents sans l’aide de personne, y compris celle de ses compatriotes dont un grand nombre est estampillé d’office « apatrides ».

Sauf qu’apparemment, il n’y a pas que les aigris et les jaloux du système uniquement qui ne croient pas à la démagogie de la croissance à deux chiffres, de l’industrialisation tous azimuts et de la prospérité partagée. On peut voir les nombreux projets annoncés en l’absence de tout apport des partenaires traditionnels du Bénin. Ce qui oblige le gouvernement à faire peser une tension énorme sur un budget national lui-même anémié par les contre-performances de la douane, la chute du coton et la « délinquance financière sous Yayi ». Sur fonds propres, le nouveau siège de l’Assemblée nationale à Porto-novo, l’aéroport international de Tourou à Parakou, les micro-finances aux plus pauvres, le bitumage de la route Missrété-Adjohoun-Kpédékpo. Il ne s’est trouvé aucun des accompagnateurs du développement du Bénin pour souscrire à l’un de ses projets. Alors que l’économie nationale souffre toujours de son unijambisme dont le point d’ancrage reste la fiscalité. Pas de pétrole, pas d’or, pas de diamant, pas de phosphate, pas d’uranium en exploitation.

Le petit gris-gris du début mandat a fini de produire ses effets. Par un tour de passe-passe, le régime a mis le coude sur la presque totalité des projets d’investissements publics. On a pu embellir le chiffre de la croissance interne en suspendant tout simplement les constructions d’école, de dispensaires, de centres de loisir, les adductions d’eau potable, l’électrification des zones rurales. Toutes les dépenses de l’Etat en étaient réduites au fonctionnement à travers les voyages d’agrément du chef de l’Etat, les tournées des ministres, les opérations de charme, la campagne électorale permanente. On pouvait alors se targuer d’une surliquidité au trésor public en attendant l’explosion dans les hôpitaux, les écoles et les administrations ainsi privés de ressources. Finalement, il ne reste qu’une seule personne au Bénin, Yayi Boni qui marche vers sa propre émergence ; accessoirement en compagnie de la caste de privilégiés qui le porte dans ce dessin. Il suffit de le dire pour rejoindre la longue liste des bannis identifiés aux ennemis de la République.

J’en suis certainement un !

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/508-emergence-en-solitaire.html