Il était une fois Soulémana…

mercredi 10 juin 2009 par Arimi Choubadé

Entre la délivrance et le remord ? Beaucoup de gens payeraient cher pour avoir une idée sur l’état d’esprit de Soulémana Lawani à sa sortie du gouvernement. La soudaineté de son débarquement ressemble fort bien à une disgrâce. Peut-être une énième victime de la machine de destruction psychique des cadres sous le régime de l’émergence. Ce qui appelle une autre préoccupation liée aux limites que le désormais ex-argentier a dû atteindre dans sa volonté de se maintenir au poste – on sentait venir le danger depuis bien longtemps, depuis que le beauf retraité rodait dans les parages de la Marina. Et aussi depuis que les fonds d’escorte ont rejoint le budget national.

Lui, le très discret Soulémana obligé d’investir le champ politique à travers meetings de remerciement et même création de parti via son épouse. On imagine les dégâts qu’une cohabitation forcée, des mois durant, avec l’affairisme et les combines peuvent provoquer chez un cadre venu de nulle part fraîchement débarqué au poste névralgique de ministre des Finances. Déjà la propagande « émergente » se charge de dévoiler quelques moyens de chantage sur le limogé. Acompte forfaitaire pour les véhicules en transit, retard dans le paiement des primes aux agents de santé, implication dans une fraude avec une banque en faillite, etc… De la même manière qu’on l’a soupçonné d’ambitionner de concurrencer Yayi Boni à la présidentielle de 2011. C’est sûr que ce n’est pas le même Soulémana qui est entré au gouvernement en 2007 qui en est sorti en 2009.

L’argentier lui-même se savait piéger par des pratiques qui finiraient par l’emporter. D’abord dépouillée de l’essentiel de ses pouvoirs. La douane a été reprise en main par un groupe de pression dénommé « douaniers patriotes ». Ces derniers régentent toutes les grandes décisions au sein de l’administration douanière et ne reconnaissent que le palais de la Marina comme référence tutélaire. Même procédé pour les véhicules d’occasion dont le ministre des Finances ignore jusqu’à son mode de gestion ; en témoigne ses bégaiements lorsqu’il était appelé à en parler aux députés à l’hémicycle. Un argentier national qui ne maîtrise pas la douane dans une économie que l’on dit essentiellement (pour ne pas dire exclusivement) fiscale n’en est certainement pas un.

La posture d’un ordonnateur délégué du budget ne doit pas être facile à tenir lorsque l’argent sort à profusion par un véritable tourniquet depuis le palais de la Marina. Des sages, notables, élus locaux, chefs traditionnels débarquent à la présidence de la République en emportant des liasses de billet de banque. Des églises et mosquées se font arroser de millions de Cfa au passage du chef de l’Etat. L’épisode des 100 millions Cfa convoyés vers le Togo au mépris des règles internationales en la matière atteste clairement que le patron du trésor public n’est pas forcément celui que l’on croit. Ceux qui refusent de participer à un gouvernement Yayi savent sans nul doute de quoi il retourne d’être ministre dans ces conditions.

Le volet économie quant à lui n’a jamais eu une directive constante et conséquente depuis l’arrivée de Yayi au pouvoir. En dehors des esbroufes autour de l’émergence imaginaire, le pouvoir peine à définir des perspectives économiques capables de proposer des alternatives à un budget de plus en plus à l’étroit face à la crise généralisée. La priorité donnée au coton au début de mandat en 2006 fait désormais parti des éléphants blancs du régime. Trajectoire identique à l’industrialisation tous azimuts promise qui n’arrive toujours pas à franchir le cap des intentions. L’argentier national se contente d’un rôle d’épicier qui compte et recompte les sous pendant que les privilégiés du régime pillent et volent ce qui reste dans la caisse.

Dans ces conditions, partir vaut bien une délivrance…

Par Arimi Choubadé
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